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puce Le Monde ouvrier sous le Consulat et l'Empire (le 27/01/2007 à 00h25)

  exemple de livret ouvrier

(article dédié à mon ami Lester !)

    On connait mal le monde ouvrier. Les ouvriers écrivent peu, et on dispose donc de peu de sources sur eux. Il y a néanmoins des exceptions, comme l'ouvrier Bédé. De plus, ils ont été, finalement, peu étudié. Pourtant, l'Empire est une période d'essor de ce monde. Il est aussi une période de transition entre l'Ancien Régime, et la révolution insustrielle et urbaine de la seconde moitié du XIXe siècle. C'est une période où cohabitent les ouvriers de l'ère moderne, celle des manufactures, et les artisans et les ouvriers à domicile. La Révolution Française a été animée par les révoltes ouvrières. Les jacobins, les sans-culottes, sont issus du monde ouvrier. En 1811, on en compte 1 700 000 dans l'Empire. Un chiffre qui ne prend en compte ni les femmes, ni les enfants, qui élèvent ce nombre a plus de 2 000 000.  Quels sont les deux mondes ouvriers qui s'oppsent dans l'Empire, et quels sont leurs rapports avec l'Etat ? Je répondrais à cette question en réalisant, dans une première partie, un tableau du monde ouvriersous le Consulat et l'Empire, avant d'étudier, dans une seconde partie, ses rapports avec l'Etat.

I - Tableau du monde ouvrier sous le Consulat et l'Empire

    Le monde des ouvriers des usines et manufactures est alors en plein developpement, même si les effectifs restent réduits - 500 000 environ.
    Tous secteurs confondus, l'industre du textile est la plus importante et la plus dynamique. Elle emploie plus de la moitié des ouvriers, qu'ils travaillent en usine ou a domicile. Sous l'Empire, c'est le plus grand nombre qui travaille dans cette industrie, en pleine mutation. En effet, l'industrie traditionnelle du lin et du tissage de la laine décline, sauf dans les régions où l'on a mécanisé le travail, comme en Normandie. Le travail à domicile tend à disparaitre, au profit des ateliers, où les ouvriers travaillent sous l'autorité d'un contremaître. Les nouvelles industries fondées sur la mécanisation et la création d'usines sont en plein essor, comme celle du coton, qui revitalise les économies de la Normandie, de la région de Mulhouse, ou du nord de la France. Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), industriel allemand naturalisé français, fait parti des grands industriels de la période : il fonde la manufacture de toiles imprimées de Jouy-en-josas. Parmi les autres grands industriels de la période, citons François Richard (1765-1839) et Jean Daniel Lenoir-Dufresne (1768-1806), qui dirigent la première manufacture de coton, à Paris, rue de Charonne. Ces grands noms de l'industrie impériale donneront leur noms à deux stations de métro parisiennes - Oberkampf et Richard-Lenoir. Le monde industriel voit donc l'arrivée de capitalistes qui investissent et achètent des terrains pour developper des manufactures. Les patrons du coton ont notamment bénéficié de la vente des biens du clergé, qui leur ont offert de vastes bâtiments, se prêtant assez bien à l'industrie manufacturière. Ces investissements capitalistes se sont faits à bas prix, du fait des bonnes conditions de vente des biens d'Eglise. Mais certains bâtiments, tels les monastères, ne sont pas du tout adaptés !
    Cette industrie est l'une des première à profiter pleinement de la libéralisation du travail : elle est l'une des premières à employer systématiquement les enfants. En effet, la souplesse des corps enfantins en font des recrues de choix, d'autant qu'ils représentent pour les parents un revenu d'appoint non négligeable. Les enfants travaillent dans les mêmes conditions que leurs aînés. Ainsi, dans filature Boyer-Fonfrède de Toulouse, ceux de l'assistance publique font au moins treize heures par jours.  Dans les filatures, il arrive que les deux tiers de la main d'oeuvre soit constituée d'enfants et d'adolescents, payés 40 à 50 centimes la journée - a Paris, le salaire d'un ouvrier est de 3 francs environ. A Aix-la-Chapelle, en 1811, 90% des ouvriers d'une fabrique d'épingles sont des enfants de quatre à douze ans. Juridiquement, celà ne commence a choquer qu'à la fin de l'Empire. En 1813, est promulgée l'interdiction d'envoyer des enfants de moins de dix ans dans les mines.
    Deuxième secteur industriel apres le textile, la sidérurgie est également en plein developpement durant cette période. La croissance repart en effet en 1801 pour atteindre son apogée en 1809. Mais dans ce domaine, la production anglaise reste prédominante. Cette industrie avait été ébranlée par la Révolution. Sous l'Empire, ils sont 600 000 à y travailler, mais seulement 10 000 en usine. Les autres sont des ouvriers à domicile, notamment pour travailler le fer. Ce secteur avait mal vécu la désorganisation de l'exploitation des forêts, devastées sous les paysans. Le Consulat remet de l'ordre dans l'exploitation forestière. Quant à l'Empire, il relance une politique de protection de la forêt pour y puiser le charbon et le bois. C'est aussi le début de l'extraction de la houille. La France produisait 600 000 tonnes de charbon en 1789. Elle en extrait 900 000 a la fin de l'Empire : c'est encore faible, mais ce n'est que le début. L'industrie textile connait elle aussi un essor certain grace a des savants qui se sont faits eux-mêmes industriels, tel Jean-Antoine Chaptal (1756-1832). En Alsace, l'industrie chimique est, avec le textile, un des moteurs de la croissance industrielle. L'industrie française s'est donc renouvelée depuis la fin de l'Ancien Régime, mais les secteurs tels la chimie restent marginaux, n'employant qu'un nombre limité d'employés.
    Quelles sont les conditions du travail ouvrier dans ces usines ? Sous le Consulat et l'Empire, elles laissent à désirer. Les locaux sont rarement adaptés à l'Industrie, comme d'anciens couvents desaffectés, peu adaptables au travail de groupe. On y place les machines comme on peut.  Par exemple, Jacques Dolfuss à installé son "indiennerie" dans une ancienne commanderie de templiers. L'obscurité, le froid, l'humidité, dégradent la santé des ouvriers. Quant aux travail lui-même, il expose très souvent l'ouvrier aux maladies et aux accidents. Le bruit est assourdissant. La poussière - végétale ou animale dans le textile, métallique ou minérale dans la sidérurgie - rend très pénible la vie des travailleurs. Les aiguiseurs de la manufacture de baïllonettes de Kligenthal atteignent rarement l'âge de 45 ans en raison de la poussière des meules, qui attaquent leurs poumons. La discipline est stricte et est donnée par les contremaitres. Les journées de travail sont très longues. Si, dans le bâtiment parisien, une ordonnance de 1806 fixe le temps de travail à onze heures quotidiennes en été, entre 6 heures et 19 heures - en hiver, le travail est effectif de 7 heures au "jour defaillant" -, dans les autres corps de métier, et en province, elles peuvent aller jusqu'à quatorze heures de travail par jours. Absences et retards sont punis d'amendes. Quant aux salaires, s'ils ont doublé par rapport à la période révolutionnaire, ils demeurent variables selon les conditions de travail. Vers 1807, un ouvrier parisien gagne une moyenne de 3 francs par jour, sur une echelle allant de moins de 2 francs à 10 francs (petite minorité). En province, il faut compter 25% de moins. En 1802, un "conseil de salubrité" est chargé de visiter manufactures et ateliers à Paris. Beaucoup de dortoirs d'ouvriers ne sont pas chauffés. Si les autorités s'inquiètent officiellement de "l'etat physique lamentable des ouvriers", rien n'est fait pour améliorer leurs conditions de travail. Un ouvrier qui ne travaille pas pour raisons médicales n'est pas payé. Quant à l'ouvrier accidenté sur son lieu de travail, il doit apporter la preuve de la négligence de son patron devant les tribunaux, mais n'est de toute façon pas protégé. Mais la solidarité ouvrière se manifeste par le developpement de caisses de secours mutuel. A la fin de l'Empire, on en compte une centaine chez les chapeliers, orfèvres, cordoniers, "canuts",... Mais le droit d'entrée et elevé, et il faut cotiser. Ainsi, lorsque de jeunes ouvriers sont engagés dans l'armée, ils ne sont pas toujours soucieux de le retrouver apres leur temps de service. Pourtant, ce monde ouvrier reste silencieux.
    Dans le bâtiment, l'alimentation, la confection, les métiers demandent d'acquérir un savoir faire, donc d'aller en apprentissage. Dans les petites structures, l'artisan est généralement propriétaire de son outil de travail. Le rapport du prefet de police de 1807 énonce que les ouvriers en bâtiments sont les plus nombreux. Les ébénistes etles Orfèvres appartiennent à l'élite du monde ouvrier et son à Paris, dans le Faubourg Saint-Antoine.
    Théoriquement, la Révolution a supprimé les corporations de l'Ancien Régime - associations professionnelles, dans des metiers spécifiques. Elles renaissent sous le Consulat, qui se montre tolérant tout en les surveillant. Il faur dire que la police y trouve son interêt : ces associations encadrent une société mouvant et difficile à controler. Les corporations contribuent à la formation de l'ouvrier. En effet, qu'ils travaillent le bois, la pierre, le cuir ou les métaux, les ouvriers avaient besoin d'un long temps d'initiation. Il passe donc d'abord par l'apprentissage, qui dure plusieurs années chez un patron, puis effectue un tour de France pour apprendre les différentes techniques. Enfin, le compagnon doit réaliser un chef-d'oeuvre pour acceder au rang de "maître". Tous ne le deviennent pas, néanmoins. En effet, il faut un capital que beaucoup n'ont pas. C'est donc une minorité qui accede a ce rang. En devant patron, le compagnon cesse d'être un ouvrier, même si dans ses techniques de travail, comme dans son mode de pensée, il reste proche des compagnons avec lesquels il a été formé. Le compagnonnage est constitué de rites, avec une sociabilité particulière. Il ne rassemble pas l'ensemble des artisans, mais il est en constante progression sous l'Empire.
    Les travailleurs à domicile ne connaissent pas ces formes d'organisation. On les trouve surtout dans les campagnes - ou il s'est beaucoup developpé - et dans les villes - ou les ouvriers de chambre sont nombreux - en hiver. On appèle les ouvriers urbains à domicile des "canuts". Ce travail repose sur le système de la fabrique. Les fabricants apportent les matières premières aux ouvriers. Le travail a domicile concerne essentiellement le secteur du textile, mais on le rencontre aussi dans des secteurs comme l'horlogerie ou la petite metallurgie. L'ouvrier y est libre de ses horraires, mais en pratique, l'imbrication des activités industrielles et agricoles rend les journées extrement longues. Dans les campagnes, les ouvriers à domicile restent soudés à la communauté villageoise. Dans les villes, il y a une certaine solidarité entre patrons et ouvriers. Mais le sentiment d'appartenir à un groupe propre n'apparait pas encore nettement.

II - L'Etat et les ouvriers

    Comparativement aux paysans, qui veulent proteger leur lopin de terre, les ouvriers n'ont rien à perdre, dans une révolte, sinon la vie. Ils ne sont pas propriétaire. Il ne possède que sa force de travail. C'est ce qui distingue, dans le monde artisanal, le patron et l'ouvrier. Au mieux, possède t-il un métier à tisser, lorsqu'il travaille à domicile. Mais c'est alors sa seule richesse. De plus, l'artisanat urbain avait fourni l'essentiel de ses troupes au parti jacobin sous la Révolution, et le peuple de Paris avait été l'animateur principal des journées révolutionnaires de la décénie 1790. Tout ceci explique la méfiance du Consulat envers les ouvriers. Pourtant, les ouvriers, dans l'ensemble, restent calme. Même si elles sont pénibles, les conditions de vie ne se sont pas dégradées, elles se sont même plutôt améliorées... au moins dans les premières années de l'Empire. Quant à l'artisanat urbain, les mesures de repression prises contre le mouvement Jacobin en 1800 ont ôté a beaucoup l'envie de se frotter au nouveau régime. Ils sont, de toute façon, étroitement surveillés. Le régime a cependant compris que ceux-ci ne poseraient pas de soucis si il était capable de leur fournir du pain et du travail. Il favorise donc la distribution de farine à bas prix lors des crises frumentaires - ou encore des soupes populaires lors de la crise des années 1810 - ou en se lançant dans une politique de grands travaux destinés en partie à donner du travail aux ouvriers du batiment lors de la crise de 1805 - 1806. Dans le cas contraire, le monde ouvrier sait le lui rappeler par des grèves, plus nombreuses qu'on ne le dit souvent, et qui s'accompagnent toujours de revendications touchant au temps de travail ou au salaire. Ils sont en revanche peu présent dans la vie politique, et n'ont, par exemple, pas le droit de vote.
    Le 1er decembre 1803 est instauré le livret ouvrier. Qu'est-ce que le livret ouvrier ? C'est un document nominatif que l'ouvrier doit remettre à l'employeur lors de son embauche, et qu'il récupère en cas de départ. Il doit être visé par un officier de police a chaque changement de commune. Face à un monde aussi fluide que le monde ouvrier, c'est un moyen de controle efficace des pouvoirs publics. Ce livret coute 75 centimes a Paris. Que contient-il ? L'état civil de l'ouvrier, bien sur, mais également les noms de ses patrons successifs, les motifs d'embauche, s'il s'est acquité de ses engagements, s'il a remboursé ses avances, les raisons de son départ ou de son renvoi. En cas de conflit, l'employeur peut conserver le livret, empêchant ainsi l'ouvrier de retrouver du travail, du moins en théorie. S'il n'a pas ce document, l'ouvrier peut à tout moment être arrété et condamné à six mois de prison pour vagabondage. Ce livret étudiant a beaucoup été diabolisé. Mais il n'a pas que des points négatifs. Reglementant la circulation des ouvriers d'un atelier à l'autre, il garanti ainsi par exemple un ouvrier qualifié d'être privilégié sur un ouvrier qui ne l'est pas. Car le livret est généralement utilisé par l'employeur comme un "certificat de qualification", dont l'ouvrier peut tirer une certaine fierté. Le livret distingue donc l'ouvrier de l'errant. De plus, il faut relativiser son importance sous le Consulat et l'Empire. Sous le Consulat, il n'en est qu'au stade embryonnaire, mais même sous l'Empire, sa création est trop réçente et sa diffusion trop réduite pour être une arme vraiment efficace. En 1817, une circulaire rappelait que la possession du livret était obligatoire, prouvant que cette obligation n'était pas respectée. De toute façon, même si les autorités s'en inquietent, la limitation des migrations ouvrières fut tres relative.
    La volonté de reglementer les relations de travail se retrouve aussi dans la création des conseils de prud'homme. Le premier est institué à Lyon, en mars 1806, à la demande des marchands de soie, appuyés par la chambre de commerce de Lyon. Qu'est-ce qu'un conseil de prud'homme ? Il s'agit d'une instance de conciliation qui doit trancher les différends entre patrons et ouvriers. Jusqu'ici, c'était les autorités policières qui s'en chargeaient. Les chefs d'atelier, les contremaitres et les ouvriers patentés peuvent acceder aux fonctions prud'hommes. Pourtant, ils ne sont représentatif que de l'élite du monde ouvrier, et, complétant les représentants du patronat, ils n'ont pas empeché une large diabolisation de cette institution perçue comme possession des patrons et dirigée contre les ouvriers. Ce n'est pas totalement vrai. Certes, ce sont des tribunaux, mais dans la tres grande majorité des cas, c'est la concertation qui l'emporte. L'élite du monde ouvrier est élue, et les conseils de prud'homme ont favorisé l'harmonisation des points de vue sur le droit du travail. Et si, selon l'article 1781 du Code civil, en matière de salaire, le maître est cru sur parole, les conseils de prud'homme cherchent avant tout la conciliation. En 1810, un conducteur de travaux est condamné à verser 50 francs de dommages et intérêts à huit ouvriers qui ont cessé leur travail pour être payés. Cependant les créations sont lentes : en 1813, il n'y a encore que vingt-six conseils de prud'hommes !
    Les conflits les plus courants portés devant les conseillers sont des réclamations de salaires pour les employés ou des contestations sur le montant des paiements. C'est aussi les causes principales des grèves et des révoltes. Seuls les hommes se révoltent. Enfants et femmes restent dociles. A Paris, en juin 1801, des ouvriers des echafaudages du 14 juillet font grève pour augmentation de salaires. A Sedan, en 1803, une grève est déclenchée dans une manufacture textile parce que l'entrepreneur voulait abaisser le salaire des ouvriers. Au bout de six jours, il dut faire machine arrière. Il y a aussi des grèves en province. Sous l'Empire, la grève n'est jamais utilisée à des fins politiques. Ces grèves se font sous des formes corporatistes pour faire valoir leurs droits. Ces corportations entravent la loi le Chapelier de 1790 qui interdit les grèves et les coalitions, ainsi que celle de 1803 qui condamne toute union de travailleurs qui a pour objet de "faire cesser de travailler, interdir le travail dans un atelier [...] enchérir les travaux." Cependant, ces grèves sont peu nombreuses : rarement plus de deux par ans. Les meneurs encourent des peines de deux à cinq ans de prison. La police intervient immédiatement, comme en 1802 contre les vendangeurs de Tarascon, ou en 1803 contre les boulangers d'Agen. A Paris, on profite des grands projets pour arreter le travail et demander des réductions d'horraires ou des augmentations de salaires. Ainsi, en 1810, sur les chantiers de l'Arc de Triomphe, les charpentiers exigent neuf francs par jour au lieu de quatre. Comme le chantier est urgent, leur revendication est acceptée. Fort de leur succes, ils réclament des salaires plus elevés, mais apres la repression policière, ils reprendront leur travail au salaire initial. En 1810, Napoléon interdit les rassemblement de plus de dix personnes du même metier.

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