Tableau célèbre illustrant la propagande anglaise à l'issu de leur victoire sur l'invincible Armada, qu'elle a voulu présenter comme la consécration de l'Angleterre triomphante. Ainsi, ce tableau représente Elisabeth Ier posant une main dominatrice sur le globe...
Le 30 mai 1588 part une flotte de 130 bateaux vers les côtes de Flandres. Cette flotte est la plus importante de toute la chrétienté. C'est l'invincible Armada, chargée de rejoindre une armée sous le contrôle d'Alexandre Farnèse en Flandres, avant d'envahir l'Angleterre. Beaucoup d'historiens considèrent que cette bataille que le roi d'Espagne a si longtemps évité, a été décisive dans l'Histoire moderne. Les débats historiographiques autour d'elles ne manquent pas, tant sur ses causes, son déroulement, que sur ses conséquences, discutables. Par conséquents nous pouvons nous demander si cette expédition fut effectivement décisive dans l'Histoire, et si c'est le cas, en quoi, ou si elle ne fut pas une simple défaite sans conséquences d'un royaume espagnol encore largement dominateur sur une bonne partie du monde. Je répondrais à cette question en étudiant, dans une première partie, les enjeux de l'expédition, puis, dans une deuxième partie, sur la nature de l'expédition et les facteurs - techniques, tactiques, stratégiques et météorlogiques - qui ont engendrés son echec, avant d'étudier, dans une deuxième partie, les réalités des causes et des conséquences de la défaite de l'invincible Armada.
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I. L'ABOUTISSEMENT D'UNE LONGUE CRISE
L'affrontement entre les corsaires de Françis Drake et l'Invincible Armada est le paroxysme d'une guerre ouverte que, longtemps, Philippe II d'Espagne et Elisabeth Iere d'Angleterre ne voulaient pas se déclarer. En quoi celle-ci est-elle l'aboutissement d'un ensemble de conflits alimentés par des incidents, des provocations, des complots, qui ne pouvaient engendrer d'autre résultat qu'un conflit armé direct entre les deux puissances. Je répondrais à cette question en étudiant les enjeux religieux, diplomatiques, économiques et militaires de cette guerre.
1. La naissance et l'affirmation d'un royaume hérétique dans la chrétienté
Avant d'étudier le conflit anglo-ibérique qui a engendré la guerre navale, il faut souligner le problème posé par la bibliographie. En effet, très partiale, elles présentent les faits et les personnages de façon radicalement différentes selon qu'elles le présentent du point de vue espagnol ou anglais : ainsi, Hawkins, dans un livre sur Elisabeth Iere, ne fera que du commerce au moment de l'attaque de San Juan de Ulua, tandis qu'un livre sur Philippe II accentura sur les raides commis par le pirate. Les débats en historiens sont encore vivants sur cet incident, qui est néanmoins représentatif d'une réalité. Pour comprendre les origines religieuses de la bataille navale de au cours de laquelle l'Invincible Armada a été défaite, il faut remonter au début du siècle. En 1509, le Roi d'Angleterre Henri VII (1485-1509), premier souverain de la dynastie des Tudors, décède laissant son fils, Henri VIII (1509-1547), monter sur le trône. Il épouse alors la fille des "rois catholiques" Ferdinand II d'Aragon (1452-1516) et Isabelle Iere de Castille (1451-1504), veuve d'Arthur, Prince de Galles, la princesse Catherine d'Aragon (1509-1533), qui après avoir connu une période un peu humiliante, avait reconquis son rang et ses privilèges à la cour. Mais, très vite, la situation se détériore. Henri VIII, très tôt, s'avère infidèle. De plus, si Catherine a porté plusieurs enfants, seule une a survécu, Marie. L'absence d'héritier mal éloigne les deux époux. Enfin, Henri VIII est amoureux d'Anne Boleyn, une de ses suivantes. Dès 1525, Henri VIII envisage le divorce. En 1527, l'idée est officiellement abordée sous prétexte qu'il avait enfreint un commandement divin en épousant la femme de son frère défunt. Il charge alors le cardinal Thomas Wolsey (v. 1475-1530) d'obtenir l'accord de la papauté. Deux obstacles vont néanmoins s'y opposer. D'une part, Catherine d'Aragon refuse catégoriquement le mariage. D'autre part, elle est soutenue par son neveu, Charles Quint (1516-1556), dont le poids est d'autant plus important que depuis le sac de Rome de 1527, il tient le Pape Clément VII (1523-1534) en son pouvoir. Dès lors, le refus de Clément VII d'accorder le divorce en 1529 est prévisible et engendre, en octobre, l'éviction de Wolsey. Celle-ci est lourde de conséquences, car Wolsey était le seul lien réel qui unissait le pape au roi d'Angleterre. Ce lien brisé, rien ne peut plus vraiment freiner Henri VIII sur la voie de la rupture avec Rome. Car ce divorce va prendre une dimension que Henri VIII ne soupçonnait pas, car elle vient se greffer sur la question plus vaste qui touche l'Angleterre des années 1520 : celle de la réforme religieuse, dont le roi sous-estime l'influence en Angleterre. En effet, dans un climat d'anticléricalisme latent et d'hostilité à Rome et Wosley, des prédicateurs répandent des idées qui engendrent des débats sur un luthéranisme qui se développe peu à peu. La répression est alors entamée par Wolsey, puis aggravée par l'humaniste anglais Thomas More (1478-1535). Le divorce se greffe donc aux conflits doctrinaux. Le 3 novembre 1529, un Parlement est réuni pour faire pression sur le pape, qui, jusqu'au bout, espérera une réconciliation, en vain. En 1532, Catherine d'Aragon reçoit des Lords du Conseil l'ordre impératif de se rendre à l'un des palais du Cardinal Wolsey. Désormais, elle n'était plus reconnue comme "reine d'Angleterre", mais comme simple "princesse Catherine". Condamnée à vivre reclus jusqu'à sa mort, elle ne peut empêcher le mariage le 25 janvier 1533 d'Henri VIII et d'Anne Boleyn, enceinte, tandis qu'en février le Parlement vote un acte déclarant que le roi, tête suprême de l'Eglise d'Angleterre, jouit d'un pouvoir judicaire suprême, sans l'interface d'une quelconque puissance extérieure. Il pouvait donc faire juger son divorce par le primat d'Angleterre. Le 10 mai, le jugement commence. Le 23, le mariage avec Catherine est annulé. Le 28, le mariage avec Anne est validé. Le 1er juin, celle-ci est déclarée Reine. Toute une série d'actes achèvent de placer l'Eglise d'Angleterre sous le contrôle du pouvoir royal, en 1534. Le schisme avait été effectif. Déjà, des invasions catholiques de l'Angleterre furent tentées : le roi d'Ecosse James V en 1542, la France en 1545. Henri VIII les repoussa.
Après la tentative de conversion du royaume au calvinisme avec Edouard VI et le duc de Somerset, arrive en 1553 au pouvoir Marie Tudor, marquant le triomphant retour au catholicisme. Malgré l'hostilité du Conseil et de la Chambre des Communes, elle suivit les voeux de son cousin, Charles Quint, et choisit pour mari son fils aîné, Philippe d'Espagne, futur Philippe II (1527-1598). Un traité de mariage fut signé en janvier 1554, préservant les droits successoraux d'Elisabeth (1558-1603) et limitant considérablement les droits politique de Philippe. Marie persécuta sévèrement les protestants dans son royaume (recevant le surnom de "bloody Marie") et suivit son mari dans sa politique extérieure jusqu'à sa mort, en 1558, date à laquelle Elisabeth Iere lui succéda. Ainsi s'achevait l'alliance hispanico-britannique. Malgré le désir de Philippe II de maintenir des liens avec l'Angleterre, le fossé se creusa peu à peu en raison de la foi protestante de la Reine. Or le Roi de France, Henri II (1547-1559), était entré dans une vigoureuse lutte contre Elisabeth, avec qui il était notamment en désaccord sur la possession française de Calais que souhaitait récupérer l'Angleterre, et face à qui il disposait d'un moyen de pression imparable en la personne de sa cousine, Marie Stuart, reine d'Ecosse (1547-1562) et dauphine de France. En effet, les puissances catholiques n'avaient jamais considéré comme valable le divorce d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon, ce qui invalidait également son mariage avec Boleyn, mère d'Elisabeth. D'ailleurs Elisabeth était toujours officiellement déclarée bâtarde par le Parlement de son propre pays. Marie Stuart, en revanche, sur le plan légal, était la cousine de Marie Tudor et la nièce légitime de Henri VIII. Sur le plan religieux, elle était une catholique sans reproche. Elle apparaissait donc comme une héritière tout a fait légitime. Henri II agit donc auprès du pape, Paul IV (1555-1559) qui poursuivait justement la contre-réforme avec acharnement, pour faire déclarer Elisabeth bâtarde et hérétique et proclamer Marie Stuart reine officielle d'Angleterre, surtout que Elisabeth venait de rappeler son ambassadeur à Rome. La menace d'une action franco-pontificale commençait a émerger pour mettre Marie Stuart sur le trône. Face a cette situation, quelle fut la réaction du très catholique Philippe II ? Loin de soutenir la cause catholique, et malgré son hostilité au protestantisme il assura Elisabeth Iere de son soutien et la pressa de céder Calais pour désarmer les motivations françaises, ce qui fut partiellement effectif. Parallèlement à cela, il intervint à Rome de tout son pouvoir pour empêcher l'excommunication de la Reine. Cependant, dès 1559, la Loi de Suprématie (avril 1559) exigeait de tous les ecclésiastiques un serment de fidélité à la Reine comme "gouverneur suprême de l'Eglise", ce qui impliquait une renonciation à l'autorité papale. Mais la nouvelle organisation religieuse de 1559 se heurta d'emblée au refuse de toute la hiérarchie épiscopale. La Reine fut surprise de la résistance. Elle ne voyait guère l'incompatibilité entre les deux cultes et refusait l'accusation d'hérésie, affirmant être fidèle a la foi de l'Eglise. Néanmoins, malgré cette résistance, la nouvelle religion se substitue rapidement à l'ancienne dans les villes commerçantes, dans les milieux cultivés, dans la gentry et la bourgeoisie. Tandis que l'Espagne se désolait de la "décadence" de l'Angleterre, l'ambassade d'Espagne servait de point de ralliement aux catholiques londoniens. "Je m'inquiète de voir ce qui est en train d'arriver en Angleterre", écrira Philippe II dans un rapport secret a son ambassadeur londonien, "[...] mais nous devons tenter d'y remédier sans me compromettre, moi ou mes navires, dans une déclaration de guerre avant que nous n'ayons pu profiter des bénéfices de la paix actuelle".
Mais le conflit religieux, s'il a joué un rôle, ne suffit pas à expliquer l'affrontement entre les deux puissances, car pour Philippe II, cet aspect passait après la nécessité de maintenir de bonnes relations avec le gouvernement anglais afin de limiter les chances d'un mariage autrichien.
2. La montée des tensions
Bien sûr, l'un des meilleurs moyens pour assurer cela aurait été le mariage entre Philippe II et Elisabeth Iere. Le souverain espagnol était prêt à cela pour s'assurer l'alliance de l'Angleterre. Dès la mort de Marie Tudor, il envisage donc d'épouser Elisabeth. En partie a cause de l'impopularité qu'avait eu en Angleterre le mariage de Marie, elle refusa, malgré ses conseillers qui prenaient en compte le parti catholique et hispanophile à Londres. Le conflit religieux refroidissait même Philippe II, puisque le 10 janvier 1559, il écrit : "après y avoir longuement pensé, j'ai vu de nombreuses et grandes difficultés à mon mariage [avec Elisabeth Iere] pour l'obligation que j'ai de visiter mes autres royaumes; pour le peu de temps que je pourrai demeurer en Angleterre, et aussi pour la réputation qu'à la Reine de ne pas être catholique, et pour le risque d'une guerre perpétuelle avec la France en raison des prétentions de la Reine d'Ecosse à la couronne [d'Angleterre] [...]" Cependant, en raison de l'importance politique de cette union, Philippe effectue la demande à condition qu'elle professe et maintienne le catholicisme dans son royaume. Après avoir réservé sa réponse le temps que le vote du Parlement stabilise la situation intérieure du pays, Elisabeth refusa. Ceci engendra un refroidissement des relations entre les deux souverains. Alors que le roi d'Espagne semblait prêt a soutenir à soutenir la Reine dans ses revendications concernant Calais, il se montre rapidement réticent. Trois incidents successifs vont alors amener les relations hispanico-britanniques au bord de la rupture. Elisabeth avait un ambassadeur auprès de Philippe II, le docteur Man. Protestant qui ne pouvait s'empêcher d'afficher sa haine pour l'Eglise de Rome. Malgré les avertissements de Philippe II, il qualifia Pie V (1566-1572) de petit moine hypocrite, et fermer les fenêtres de son logis au moment de la procession. Dès mars 1568, Philippe II demande à la reine de le rappeler, ce qui est effectif en octobre. Il rappelle également son ambassadeur à Londres et le remplace par un fervent catholique, Guerau de Spes. Les tensions montent.
Un autre incident fut effectif la même année. En 1567 un navigateur de Plymouth, John Hawkins, qui entretenait des relations commerciales avec les îles Canaries -possession espagnole- fit un voyage commercial a la tête d'une flotte de dix bateaux, dont deux, le Jésus of Lubeck et le Minion appartenaient à Elisabeth en personne. Suite a des dommages provoqués par une tempête, Hawkins décida d'effectuer des réparations dans le petit port désert de San Juan de Ulua, sur la côte Mexicaine. Mais le vice-roi considérait Hawkins comme un pirate, et, par extension, comme un homme avec qui nulle négociation n’était possible. Le 24 septembre 1568, les anglais furent attaqués par les espagnols. Le Jésus of Lubeck fut capturé et démâté, d'autres navires furent démâtés, coulés, tandis que Hawkins et Drake, qui participait aussi à l'expédition, ne s'en échappait qu'à grande peine. Parmi les marins capturés, certains furent brûlés vifs, d'autres enfermés, d'autres, enfin, condamnés aux galères. Pour l'Espagne, ce n'était qu'une simple et légitime opération de représailles contre des pirates et contrebandiers. Pour l'Angleterre, ce n'était rien de moins qu'un scandaleux guet-apens. L'effet psychologique fut énorme en Angleterre, Elisabeth était furieuse, notamment d'avoir perdu son navire, et le sort des marins soulevait l'indignation. Quatre ans avant cet "incident", Philippe II avait chargé une de ses flottes de massacrer une colonie d'huguenots français installés en Floride qui s'étaient rendus contre la promesse d'avoir la vie sauve. Les huguenots, indignés par cet acte de trahison, avaient intensifié leurs attaques sur la flotte espagnole. Or, en novembre 1568, une d'entre elle, qui transportait vers la Flandres une grosse somme d'argent destinée au duc d'Albe Fernando Alvares de Toledo (1508-1582), rencontra des corsaires huguenots. Ces derniers attaquèrent, et la flotte fut obligée de se réfugier dans le port anglais de la côte sud. L'ambassadeur demanda immédiatement au gouvernement de Londres d'assurer la protection du trésor et de lui fournir une escorte maritime jusqu'à destination. Mais Elisabeth, sur l'initiative de son secrétaire d'Etat et grand Trésorier Sir William Cecil (1520-1598) décida que, le trésor étant non la propriété de Philippe II mais en réalité un prêt genois, elle se substituait à l'emprunteur. Philippe II n'avait aucun moyen de réagir efficacement sans rompre les liens avec l'Angleterre. L'or fut immobilisé le 21 décembre 1568. Dès le 23, l'ambassadeur Spes écrivait au duc d'Albe pour lui conseiller de saisir les biens anglais en Flandres, mesure qui fut exécutée le 29, et accompagnée de l'arrestation de tous les anglais aux Pays-Bas. La réaction d'Elisabeth fut sans appel : après s'être expliquée le 6 janvier 1569, Elisabeth mit l'ambassadeur espagnol aux arrêts deux jours plus tard, tandis que son courrier était intercepté. Puis elle fit saisir les biens espagnols en Angleterre et arrêter les espagnols de son royaume. Les deux pays étaient au bord de la guerre. Mais pour des raisons intérieures aux deux pays, la guerre n'est pas déclenchée...
Mais un ultime problème acheva de détruire les rapports entre les deux puissances : celui de Marie Stuart. Après la défaite de Carberry Hill, le 15 juin 1567, dans la guerre civile qui l'opposait aux confédérés, elle dut abdiquer et se réfugier en Angleterre en mai 1568, où Elisabeth la plaça en résidence surveillée. En effet, seule reine légitime d'Angleterre, Elisabeth ne pouvait fournir a Marie Stuart l'aide qu'elle lui demandait. Pendant ce temps, deux comptes, Thomas Percy, comte de Northumberland, et Charles Neville, comte de Westhorland, soutinrent un projet de mariage entre le duc de Norfolk et Marie Stuart, considérée comme héritière du trône. Quand le projet fut connu, les deux comtes furent sommés de se soumettre à la Reine. Avec 5 700 hommes, ils répondirent par la révolte au nom de l'ancienne religion, qui fut matée. Mais cette rébellion avait mis en lumière le danger que représentait, pour Elisabeth, la présence de Marie Stuart sur le sol anglais, car sa libération était le premier objectif affiché par les révoltés. De plus, sa propre image s'était dégradée auprès de Philippe II, pour qui l'idée de la faire disparaître au profit de Stuart n'était plus du tout. Et l'avenir allait le prouver. En 1570, le pape excommunia Elisabeth, légitimant les complots catholique, dont le premier fut la "conspiration rudolfi", du nom du principal comploteur, un banquier florentin. Il avait le soutien, entre autre, de Marie Stuart, de Philippe II, du duc d'Albe et de Norfolk. En août 1571, tout était en place, mais un courrier fut intercepté, et Rudolfi, sous la torture, avoua tout. Le point de non-retour était atteint dans les relations hispano-britanniques : Elisabeth n'avait plus aucune confiance en Philippe II et sa politique vis-à-vis de ce dernier en fut transformée... Quant a Marie Stuart, dont on avait découvert qu'elle avait assassiné ses deux maris, Elisabeth refusa de l'exécuter jusqu'en 1586 même si son parti relevait la tête depuis 1570 et malgré les pressions du Conseil privé et du Parlement pour accepter l'exécution de Marie Stuart. Mais le 17 juillet 1586, Marie écrivit une lettre pour un fanatique catholique, Anthony Babington, avec qui un de ses complices, Sir Walsingham, avait facilité la correspondance, qui fut interceptée. Cette lettre évoquait l'assassinat d'Elisabeth. Elle fut alors jugée et condamnée au nom de l'acte pour la sûreté de la Reine. Elisabeth hésita encore, mais finalement accepta. Le 8 février 1587, Marie Stuart était exécutée, aggravant toujours plus les tensions avec l'Espagne.
3. Une menace militaire et économique
Depuis la conspiration de Rudofi, la reine n'hésitait plus à soutenir directement les expéditions corsaires contre les intérêts espagnols. Hawkins et Drake s'y livraient avec un enthousiasme revanchard non dissimulé. Ainsi, entre 1572 et 1577, onze expéditions britanniques furent effectives dans les colonies espagnoles. D'abord, avec l'alliance de huguenots français et d'esclaves de Panama révoltés contre les espagnols, ils coincèrent un important convoi d'or espagnol. Puis en 1577, Drake effectua un voyage autour du monde dont il ramène, en 1580, 100 tonnes d'argent et d'or aux dépends de l'Espagne avant d'être accueilli en héros par la Reine qui le nomme chevalier. Furieux, Philippe II ne réagit pas directement contre l'Angleterre, mais charge une flotte de "nettoyer" les côtes atlantiques d'Amérique du Sud tandis qu'une forteresse est établie dans le détroit de Magellan afin d'empêcher tout réédition de l'expédition de Drake. S'entama alors une véritable "guerre froide", par l'intermédiaire, dans un premier temps, d'un grand ennemi de Philippe II, Dom Antonio. En 1580, en effet, revendiquant les droits qu'il tient de sa mère, Philippe II annexe le Portugal. Dom Antonio s'échappe, se réfugie en France et promet à Elisabeth une forteresse en Afrique de l'ouest en échange de son aide. L'ambassadeur de Philippe II mis en garde Elisabeth qu'un soutien apporté au portugais serait considéré par l'Espagne comme une déclaration de guerre. Cette audace refroidit la Reine, qui menaça l'ambassadeur de mort s'il lui reparlait de la sorte, mais resta neutre dans le conflit. Celui-ci connu son apogée par une bataille navale remportée par les espagnols. Apres leur débarquement à Mole, une plage a seize kilomètres d'Angra, qui est couronné de succès, il parait évident que l'Espagne est une puissance maritime majeure pouvant intervenir partout. En octobre 1584, Drake, a la tête d'une flotte comprenant des navires royaux, attaquèrent Vigo et Bayonne en Galicie. Mi-novembre, ils mirent à sac Santiago. Fin décembre, ils brûlaient San Domingo, la capitale de la plus ancienne possession espagnole des caraïbes, Hispaniola. N'etait-ce pas purement et simplement défier l'Espagne ?
Mais le conflit qui a sans doute joué le rôle le plus important dans la marche à la guerre hispano-britannique fut sans doute le conflit aux Pays-Bas. Ces derniers avaient une importance économique majeure pour l'Angleterre, notamment à cause du commerce. Le commerce le plus important en Angleterre est celui de la laine, pour lequel le port des Pays-Bas est d'une importance primordiale. Or, ceux-ci étaient une possession habsbourgeoise depuis que Charles le Téméraire avait marié sa fille à Maximilien Ier. Les Habsbourg avaient eu du mal à s'imposer face aux particularismes de cette région : Maximilien Ier en 1488, Maximilien Ier fut fait prisonnier par les artisans brugeois révoltés et Charles Quint dut réprimer en 1539 la révolte des Gantois mais réussit à annexer plusieurs territoires (Utrecht, Frise orientale, Groningue, Gueldre) qu’il assembla sous le nom des Dix-sept Provinces des Pays-Bas. Rien d'étonnant donc à ce que Philippe II connaissent aussi des difficultés. En 1576, à l'initiative du Prince d'Orange, les 17 provinces des Pays-Bas voulurent former une confédération et se proposèrent un certain nombre d'objectifs communs : le départ des troupes étrangères, la réunion des Etats-Generaux, la liberté de culte... Cette déclaration est connue sous le nom de "pacification de Gand" et présenté à don Juan d'Autriche comme un préalable avant de le reconnaître comme gouverneur au nom de Philippe II. Par les conditions dans lesquelles cette pacification a été décidée, elle marque un tournant dans les relations entre Philippe II et ses sujets flamands. D'abord parce que les Etats-Generaux flamands se sont réunis sans son accord, ensuite parce que cette pacification est un acte qu'ils veulent lui imposer, qui devient l'Edit perpétuel. Don Juan accepte cet acte car il ne remettait en cause ni le catholicisme ni la souveraineté du roi. Les premières réserves viennent du Prince d'Orange. Selon lui, cet Edit ne devraient pas concerner la Hollande et la Zélande, car dans ces provinces, la majorité de la population est passée du côté de la réforme, et on ne peut exiger qu'elle y renonce. Ensuite, il considère que Don Juan n'a pas rendu aux villes leurs anciens privilèges. Enfin il s'inquiète de voir l'armée stationner à proximité des Pays-Bas, au Luxembourg ou en Bourgogne, d’où il lui serait facile de revenir. Effectivement, après s'être enfuit discrètement et emparé de la forteresse de Namur, en 1577, Don Juan rappelle l'armée. Il voit alors son autorité contestée par le Prince d'Orange et par les Etats-Generaux, qui le déclarent ennemi de la patrie et refusent de lui obéir. Même si le neveu de Philippe II, Mathias, qui est proclamé gouverneur des Pays-Bas, le Prince d'Orange devient son lieutenant général et le véritable maître du Pays. Ils reçoivent le soutien de l'Allemagne et de la France, mais l'Angleterre hésite encore a rentrer complètement dans le conflit. Seules trois provinces sur 17 sont restées fidèles à Philippe II, qui profite des divisions intérieures des rebelles et du découragement des alliés pour lancer une nouvelle offensive appuyée par Alexandre Farnèse (1545-1592), placé à la tête de six mille soldats et qui prend le commandement des troupes stationnées aux Pays-Bas à la mort de Don Juan et s'empare de plusieurs régions. De son côté, Guillaume d'Orange hésite toujours a prendre la tête de son pays car personne en Europe ne tolérerai qu'un sujet rebelle se proclame souverain à la place du seigneur légitime. Une propagande est alors vigoureusement développé, d'abord contre l'Espagne, puis contre le roi, présenté comme un tyran pervers doublé d'un fanatique sanguinaire auteur de véritables massacres en Amérique. Dans de nombreuses régions, Philippe II est déclaré déchu de ses droits aux Pays-Bas. Pour le remplacer, on se tourne vers le frère du roi, pourtant catholique, mais ce dernier décède en 1584, tout comme Guillaume d'Orange. Face au refus d'Henri III, c'est le deuxième fils de Guillaume, Maurice de Naussau (1567-1625) qui lui succède, tandis que Farnèse reconquiert méthodiquement Gand, Bruxelles, Nimègue, et, surtout, Anvers, qui se rend en août 1585. Désormais, il était largement possible d'envisager une reconquête espagnole totale des Pays-Bas, ce qui aurait été catastrophique pour l'Angleterre, autant commercialement que diplomatiquement car elle n'avait plus d'allié. Dom Antonio avait été vaincu, et les Pays-Bas semblaient s'incliner aussi... Walsingham déclare à la reine "Le péril serait si grand pour nous dans le cas d'une prise de possession par l'Espagne de ces régions (les Pays-Bas) que la France intervienne ou non, que j'abjure sa Majesté d'entreprendre tout ce qui serait possible pour les défendre". En effet, la conquête des Pays-Bas lui aurait assuré une puissance et une domination stratégique qui lui aurait assurer une supériorité indéniable en cas de conflit avec l'Angleterre. C'est en apprenant la chute d'Anvers plus encore qu'en apprenant l'assassinat de Guillaume d'Orange, qu'Elisabeth Iere décide d'apporter aux Gueux une aide financière et militaire. Dès août 1585 est donc signé le traité de Nonsuch entre les anglais et les Provinces-Unies. L'Angleterre s'engageait à procurer 1 000 cavaliers et 6350 hommes d'infanterie pour combattre l'Espagne dans les Pays-Bas, 126 000 livres de subside par ans et fournirait un gouverneur général soutenu par un nouveau conseil d'Etat, formé d'Anglais et de Hollandais qui dirigerait notamment les opérations militaires. Après plusieurs années de négociations entre l'Angleterre et les provinces révoltées, Robert Dudley (1532-1588) le comte de Leicester se rend aux Pays-Bas avec la qualification de "protecteur". Ceci abouti globalement a un échec. Mais désormais, pour Philippe II, la menace est anglaise.
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II. UNE BATAILLE MODERNE ?
En janvier 1586, Philippe II nomme le Marquis de Santa-Cruz. Cela fait des années que celui-ci propose de lancer une expedition en Angleterre. Après avoir étudié les enjeux de celles-ci, nous allons donc nous interesser à l'expedition, en nous interrogeant, dans un premier temps, à la nature de cette expedition est caractéristique de l'époque moderne qui s'affirme, ainsi que sur les forces et les faiblesses des forces en présence, avant d'étudier en quoi l'issu de cet affrontement a reposé sur de nouvelles techniques d'armements, de nouvelles tactiques et de nouvelles stratégies, en particulier chez les anglais, qui ont contrasté avec la rigidité et la dimension traditionnelle de l'Armada, tout en étudiant la relativité de leur impact, qui fut moins décisif que les élements météorologiques.
1. La sainte expédition de la plus puissante flotte de toute la chrétienté
Nous avons vu que si la tentative de l'Angleterre par l'Espagne a des enjeux religieux, ce ne sont pas eux qui sont les plus importants aux yeux de Philippe II. Elisabeth est plus une protestante pour légitimer son pouvoir que par réelle conviction religieuse. Pourtant, c'est l'argument qui va être le plus mis en avant par les troupes catholiques. L'Invincible Armada va se présenter comme la plus vaste et la plus puissante formation de la chrétienté en guerre contre l'hérétique. Au point que l'on peut se demander si cette invasion de l'Angleterre n'est pas, quelque part, une croisade moderne, comme l'affirme certains historiens, ou si elle fut seulement présentée comme telle pour se légitimer. Plusieurs faits amènent à se poser la question. D'abord, le fait que cette expédition fut présentée comme une expédition au nom de Dieu. Philippe II l'écrivait à Sidonia un peu après l'avoir choisit : "notre cause est la cause de Dieu". D'ailleurs, le roi d'Espagne demanda à celui-ci de se préoccuper particulièrement de la vie spirituelle de ses hommes. Ainsi, blasphème, jeux, vaines querelles étaient interdites à bord. Nul ne devait porter de dague. Chacun aura à confesser ses fautes à un prêtre, et les prières devaient être dites deux fois par jour. Bien sur, les femmes étaient interdites à bord. Ainsi, quand six cent seront découvertes, elles seront expulsées de Lisbonne au grand mécontentement des marins. Pour apaiser celui-ci, au moins partiellement, il leur fut promis qu'ils pourraient se "venger" sur les anglaises... Ensuite, toute la procédure qui fut effective avant le départ avait pour but de souligner le rôle de Dieu dans la sainte expédition. Ainsi, une bénédiction selon les rites précéda l'appareillage de la flotte. Le 25 avril, à six heures du matin, une procession de guerriers et de dignitaires quitta le Palais Royal pour se rendre à la capitale de Lisbonne. Sur le maître-autel, on avait déposé l'énorme étendard de soie de la Felicissa Armada ("la plus heureuse armée navale"). Or, cet adjectif, felix, ne fut-il pas celui prit par Sylla, le chef des Optimates à Rome, après sa victoire sur les troupes marianistes, à la fin des années -80 ? Le nouveau dictateur voulait souligner, par celui-ci, la protection divine qui le légitimait. On peut penser que l'Armada cherchait un but relativement similaire. Soulignons, par ailleurs, que les armes d'Espagne apparaissaient entre l'image du Christ en croix et celle de la vierge Marie, tandis qu'une inscription en latin annonçait : "Exurge, Domine et vindica causam tuam" ("Lève toi, Seigneur, et soutiens Ta cause") Cependant, il faut noter que la croisade contre l'hérétique -a differencier bien évidemment de la croisade contre l'Infidèle- n'est pas quelquechose de moderne qui serait née avec la réforme, bien au contraire. On la retrouve, dès le moyen-age, avec, par exemple, la croisade des albigeois, au XIIIe siècle. De plus, il ne semble même pas que cette expédition soit une croisade. Nulle trace, dans les sources, n'emploie ce terme pour désigner cette expédition. Tout semble indiquer qu'il ne s'agit que d'une expedition définie comme "sainte et sacrée" pour se légitimer et obtenir le soutien de la chrétienté. En effet, le but semble plus politique qu'autre chose : sans remettre en cause la foi de Philippe II, il semble que ses multiples références à la volonté divine aient davantage pour but de motiver ses troupes et d'obtenir le soutien des catholiques - et pourquoi pas, ceux d'Angleterre - que de répondre à une croyance absolu en la protection divine. La flotte catholique était d'une importance jamais vue dans la chrétienté. Elle se composait de 130 navires et 29 453 hommes. Cette flotte se divisait en 7 escadres (du Portugal, de Biscaye, de Castille, d'Andalousie, de Guipuzcoa, du Levant et du Gabarres), auxquelles s'ajoutaient les Galéasses de Naples (d'immenses bateaux bien difficiles à manier, mais armés de 50 canons chacun !), des pataches, des Zabras et des Galères. Le rapport officiel détaillé de la puissance de l'Armada a été publié par Herrera Oria, aux archives à Simancas, daté du 9 mai 1588, à Lisbonne. Face à cette flotte, les anglais disposaient de 197 navires (mais dont la plupart étaient bien plus petits que ceux de l'Armada, et donc équipés de moins de canons, mais plus rapides et plus maniables) et de 15 925 hommes, soit a peu de choses prés, moitié moins. Pour l'occasion, la marine espagnole se modernise : on supprime les galères, incapables d'affronter les vagues de l'Atlantique, on accroît le tonnage des vaisseaux de haut bord et on complète l'artillerie. En face la flotte était perçue dans toute la chrétienté comme celle de l'hérésie. Du continent, des rapports parvenaient en masse au bureau du chef des services secrets, Francis Walsingham. Le conseil de guerre avait publié la liste de la flotte complète de Medina Sidonia. Les imprimeurs protestants s'en étaient saisis et l'avaient largement diffusé? en y ajoutant des détails dont le but était de diaboliser les espagnols. Parmi ces détails inventés, les protestants affirmaient qu'un navire entier emportait un chargement de corde pour pendre tous les anglais adultes. Les espagnols embarqueraient aussi des fers pour marquer, sur la joue, les enfants d'hérétiques. Des fouets seraient amenés pour fustiger les femmes et des centaines de nourrices pour allaiter les orphelins. Cependant, il est intéressant de constater que même si cette l'Armada prenait l'apparence d'une flotte catholique en croisade, elle n'obtint pas le soutien de la minorité catholique en Angleterre, dont le royaume forma une remarquable unité contre l'ennemi. Il n'y aura jamais la révolte contre la Reine espérée par le camp catholique. La flotte anglaise qui se dressait contre les espagnols se composait de 197 navires (34 royaux, 163 privés) et de 15 925 hommes. La défense de celle-ci ne reposait notamment sur des navires "marchands", qui étaient en réalité des navires de guerres appelés des corsaires. Il y en avait une trentaine, et beaucoup avaient une expérience certaine de la guerre contre les navires espagnols. Ils étaient commandés par des amis ou parents des propriétaires (des noms illustres comme Drake ou Hawkins) ce qui créait une structure de commandement assez unifiée. Cependant, leur proportion de grands navires de combats était faible. 10 des 34 navires de la Reine étaient inférieurs à 100 tonneaux, et beaucoup des 163 bateaux privés étaient très petits. Les deux flottes avaient donc des forces et des faiblesses qui ne permettaient pas d'avancer un pronostic sur l'affrontement naval qui fut effectif en 1588. En réalité, le sort de cette expédition dépendit en partie de techniques d'armement nouvelles ou modernisées, de tactiques prenant en compte la flotte adverse et de stratégies - notamment dans les formations d'attaques.
2. Une guerre qui dépendit de techniques d'armements et de tactiques modernes
Avant d'aborder cette deuxième sous partie, ou sont sollicités les découvertes archéologiques, un mot sur les sources serait peut-être approprié, ces dernières étant, dans cette deuxième partie, différentes de celles qui concernent la première partie. Elles se divisent essentiellement en deux parties. D'abord, les documents d'époque. Il y a ceux officiels, comme par exemple, les ordres, les rapports faits par les responsables de la flotte, les comptes-rendus faisant état d'une situation ou du matériel, qui concerne, en général, un bateau de la flotte. Il y a également ceux officieux, qui, plus encore que les premiers, sont à prendre avec prudence, car très subjectif. A commencer par les correspondances. Celle de Medina Sidonia, par exemple, est des plus précieuses : elle montre les doutes, les hésitations de l'Amiral, dont il n'osait faire part devant son équipage. Le récit contemporain des évènements par Medina Sidonia a un équivalent anglais : Laughton, Howard's Relation. La correspondance entre Alexandre Farnese et Bernardino de Mendoza, qui n'a pas été publiée en entier, est conservée aux Archives générales de Salamanque, en Espagne, ou on peut également noter l'existence de nombreux papiers concernant directement les aspects navals et militaire de l'expédition de l'Armada, ainsi que des masses de documents administratifs et diplomatiques en rapport avec celle-ci. Les témoignages de personnes plus extérieurs au conflit n'en sont pas moins subjectifs, car influencées par la propagande, ou pour d'autres raisons encore. Le deuxième type qui fait son apparition dans cette partie est la source archéologique. Les épaves de l'Armada, ainsi que de navires anglais, ont été retrouvés et fouillés. Beaucoup de choses ont été retrouvées. Certaines ont un intérêt culturelles (les fourchettes utilisées par les espagnols), d'autres, et c'est ce qui nous intéresse, un intérêt politique et militaire. Les canons, les boulets, la constitution des bateaux, leurs organisations, ont ainsi pu être retrouvées, et constituent des preuves incontestables qui ont été étudiées et analysées avec application. L'épave du Mary Rose, notamment, éclaire sur la perception qu’avaient les anglais de la guerre maritime, leur technologie et leurs conceptions tactiques. La plupart du temps, les bateaux étaient maintenus en cale sèche, mais pouvaient facilement être mobilisés en cas d'urgence. Ces bateaux n'étaient pas conçus pour réaliser de grands voyages, mais pour réaliser des combats courts, rapides et décisifs. Leur armement, comme leur tactique, impliquait un bombardement continu a courte distance afin de détruire l'armée ennemie essentiellement par la force de l'artillerie. Pour l'abordage physique, 300 porteurs étaient prévus, armés de piques et de haches. Ces bombardements continus à courte distances vont désemparer la flotte espagnole, dont les bateaux, moins maniables que ceux anglais, ne leur permettaient pas de s'approchaient comme ils le voulaient des anglais pour les aborder. Les espagnols auraient pu alors adopter la même tactique pour avoir une chance de s'imposer. Mais cela aurait impliqué de charger et recharger les canons des bateaux espagnols en continue. Or deux obstacles s'opposaient à l'adoption de cette tactique. La première est tactique : Cette pratique était totalement étrangère aux commandants et à l'équipage espagnols. La deuxième était matérielle : leurs équipements n'étaient pas prévus pour cela. Lorsque les Espagnols comprirent que leur tactique avait échoué, ils décidèrent de s'appuyer sur leur artillerie légère, les gros canons étant beaucoup moins adéquats à l'adaptation d'une nouvelle procédure. C'est pour cela que, pendant la bataille de Gravelines, notamment, les espagnols n'utiliseront pas de gros calibre autant que l'on aurait pu s'y attendre. Pour savoir cela, les historiens s'appuient sur trois sources. La première appartient à l'archéologie maritime : les boulets de canons retrouvés dans les épaves de l'Armada. Ces épaves correspondent à des bateaux fortement impliqués dans la bataille et coulés par les frappes ennemies. Or l'essentiel des boulets retrouvés correspondent à des canons de gros calibres, ce qui prouvent que ceux-ci ont été moins utilisés, vu que le nombre de boulet était identique à l'origine, sans réapprovisionnement. Or ces demandes de réapprovisionnement constituent la deuxième source essentielle de cette information : elles ne concernent que des boulets de moyen calibres, de 4,5 à 10 livres. Les épaves ont également permit de constater que cette bataille fut l'occasion d'inventer de nouvelles armes et techniques, ou de moderniser les anciennes. Par exemple, l'Angleterre décida d'expérimenter les armes de destructions navales par le feu. C'est ainsi que les fabricants d'armes d'Elisabeth mirent au point les grenades, simple récipient en métal rempli de poudre à canon, lancé par un mortier, et qui explosait en fin de trajectoire. Une dérivation de la flèche enflammée avait été adaptée aux arquebuses auxquelles ils donnaient une portée et une vitesse plus grande. Pour saboter les navires, fut mis au point les "pots à feu" qui contenaient des charges de poudre et devaient allumer des incendies. Cependant, peu de ces armes, dont on retrouva également la trace dans les épaves de l'Armada, ont été retrouvées sur le Mary Rose. Seule une flèche incendiaire a été retrouvée dans son épave. Mais cela ne doit pas cacher que la flotte britannique, tant pour le bombardement destiné à immobiliser l'ennemi que pour les attaques devant semer la confusion quelques secondes avant l'abordage, les britanniques s'appuyaient sur leur artillerie. C'est notamment pour cela que, dans les deux camps, de nouveaux projectiles sont crées. Des capsules de la grosseur d'un poing qui devaient s'ouvrir au moment de l'impact, dispersant une volée de billes de plomb, de clous, ou de fragments métalliques dans toutes les directions. Un autre système était composé de demi boulets ou quarts de boulets, réunis par des barres de fer ou de chaîne qui se déployaient après le départ du coup pour venir s'enrouler brutalement autour d'un mat, ou le coup d'un homme. L'association d'anciens procédés à de nouveaux permirent la création de projectiles encore plus meurtriers. L'idée était de projeter une lame avec de la poudre à canon. Ainsi, des projectiles furent garnis de pointes ou de lames de couteau, qui jaillissaient dès la sortie de la bouche du canon et produisaient de terribles entailles lorsqu'ils frappaient leurs buts. Un siècle après leur victoire sur l'Armada, les factures du Trésor prouveront que ces projectiles étaient encore en production. Mais, ces nouvelles techniques et tactiques - dont nous allons encore parler -, si elles sont représentative de l'évolution de la bataille navale à cette époque, n'eurent qu'un rôle tout relatif dans le desastre de l'armada, dont les causes principales furent davantage la mauvaise posture dans laquelle fut mise l'armada suite aux problemes de communications entre Médina de Sidonia et Farnèse, ainsi que les éléments météorologiques.
3. La bataille
Il faut souligner le rôle d'une institution qui se modernisa énormément au XVIe siècle, les services secrets. En effet, ceux-ci furent modernisés par un grand admirateur de Machiavel, Sir Francis Walsingham, qui lia étroitement l'activité de ses flottes de guerre et de commerce à celle de ses agents. Le renseignement naval et l'espionnage économique furent fondus en un seul réseau mondial. Walsingham entretien des espions dans tous les ports, dans toutes les cours, jusque dans les chantiers navals. Des prêtres corrompus livrèrent ce qu'ils ont appris sous le secret de la confession. Londres suivait ainsi en temps réel le développement du grand projet de Philippe II. Il informe Elisabeth qui lance aussitôt Francis Drake en expédition, à la tête de vingt navires. Il ravage Vigo, île du Cap-vert, St Domingue et Carthagène. Philippe II réagit en pressant les armements. Dans les ports espagnols, la flotte s'assemblait méthodiquement, amassant transports, galères, galions, frégates et galeasses. La reine ordonne à Drake d'attaquer une nouvelle fois en avril 1587. Avec la flotte qu'il a sous son commandement, Drake se présente devant Cadix, ou il est repéré par les guetteurs. Notant l'incapacité de combattre des vaisseaux espagnols amassés dans les eaux calmes, Drake donne l'ordre d'attaquer. A bout portant, les canons anglais coulent un grand nombre de bateaux. Cette décision de Drake permettra à la Grande-Bretagne de gagne une année décisive. Ce ne fut que le 30 mai 1588 que la flotte prit la mer. Son but était de rejoindre une armée espagnole dirigée par Farnèse, en Flandres, avant de les embarquer et attaquer l'Angleterre. Les instructions royales étaient très vagues, à la fois sur la façon dont serait effectif le rendez-vous, mais également sur la tactique a rencontrer en cas d'affrontement direct avec l'ennemi. Les premières semaines de l'expédition laissèrent pensé que Dieu ne leur était pas particulièrement favorable. Aux problèmes de provisions que rencontrèrent les marins, s'ajouta le vent qui dispersa la flotte que le duc avait fait s'arrêter à la Corogne pour la réapprovisionner, et qu'il mit un mois a reconstituer. Dès le 24 juin, le duc de Médina Sidonia écrit une longue lettre à Philippe II lui faisant part de ses doutes quant à la bienveillance divine, et le priant d'annuler l'expédition, ce qui Philippe II refusa, tant pour des raisons théologiques que stratégiques : la flotte anglais, désormais, était mobilisée et menaçante, et une armada qui avait coûté tant de temps et de dépenses ne pouvait faire demi-tour sans avoir atteint aucun de ses objectifs. Quand la flotte repartie, elle avait adopté la formation de combat qui avait été favorisée à Lépante : une ligne étendue de navires formant un large croissant. Bien des historiens sont d'accord pour reconnaître que, si il est vrai que cette formation qui s'étend sur plusieurs kilomètres est impressionnante et spectaculaire, c'est une erreur stratégique, car cette nouvelle guerre réclamait une innovation au niveau de la formation qui fut réalisée par les britanniques, qui, de leur côté, réalisèrent la première véritable attaque en ligne, à grande échelle, de l'histoire navale européenne. Cette tactique exploitait la mobilité et la puissance de feu des navires, dont tout l'armement était concentrée sur les côtés. Elle contrastait totalement avec la formation de combat rigide dont l'Armada fut l'un des derniers modèles. On voit là un contraste évident entre une formation "ancienne" et une stratégique "moderne" dont l'efficacité résidait dans sa simplicité : un navire menait l'attaque tandis que les autres, suivant en une ligne, lâchaient leurs tirs successivement. La cohésion de la ligne était presque indestructible, et celle-ci pouvait pivoter autant qu'elle le voulait. Cependant, même si l'affrontement dura deux heures, la puissance de feu de l'Armada avait maintenu la ligne anglaise suffisamment éloignée pour limiter les dégâts, qui se limita à quelques pertes, et n'empêcha pas Medina Sidonia de continuer d'essayer de mener sa flotte à son objectif. Il réorganisa l'Armada et modifia la formation, qui se divise en trois parties : les navires faibles et lents au centre, afin que si l'ennemi attaque par derrière, la flotte tout entière pourrait se retourner : ainsi, quelque soit l'endroit ou attaquerai la flotte anglaise, il y aurait un soutien ou de l'avant-garde, ou de l'arrière. Une seconde bataille fut effective, au large de Portland Hill, qui ne causa également que peu de dommages, mais obligea les anglais a laisser un répits aux espagnols pour se recharger en munitions. Encore une fois, les anglais furent maintenus à distance, et, en termes tactiques les espagnols prouvèrent une légère supériorité. La stratégie britannique fut alors de tenter de séparer les navires de la flotte pour les détruire les uns après les autres. Mais cette stratégie montrait vite ses limites. Lorsque Drake tenta de détruire le Grifon, un navire de l'armada isolé, il lui envoya près de 40 boulets de canons, mais ne parvint pas a le détruire. Pire, l'équipage était a son poste, près a aborder tout bateau anglais qui l'approcherait de trop près, ce qui ne fut pas effectif. Un affrontement eu lieu, à l'issu duquel les anglais s'éloignèrent prudemment. D'un côté, l'Armada avait atteint une position stratégique : à l'est de l'estuaire de la Solent, bras de mer qui sépare l'île de Wight de l'Angleterre. De l'autre, les anglais constataient la nécessité d'adopter un objectif stratégique précis. Un premier affrontement fut effectif, aux dégâts minimes, qui fut doublé d'une attaque surprise et décisive de Drake sur l'aile droite de l'Armada, qui était le point vulnérable de la flotte a ce moment là. Malgré l'impact de cette attaque réussie du navigateur anglais, Medina Sidonia parvinrent à Calais, où ils jetèrent l'ancre le 6 août. Cependant, il y avait un problème majeur dans l'opération : Alexandre Farnese, qui ne lui avait pas donné de nouvelles malgré les multiples tentatives de Medina Sidonia, lui faisait savoir qu'il ne pourrait amener ses troupes avant le vendredi 12. En effet, Farnese devait concentrer une armée entière avec ses stocks de provisions, d'armes, de nourriture et d'équipement, lui prendrait une semaine. C'était un coup dur pour Médina Sidonia, qui avait tenté de multiples fois de communiquer avec Farnèse, en vain, ce qui était prévisible étant donné les limites logistiques qui étaient celles du XVIe siècle, en particulier sur mer. Ici, intervenait un point sur lequel je reviendrais : l'inexpérience maritime de Médina Sidonia, qui n'a pas su anticiper cela. Dès le 7 août, les anglais décidèrent en conseil de guerre d'envoyer des brûlots sur l'Armada au cours de la nuit suivante. Bien que relativement prévue par Medina Sidonia, l'attaque fut un succès et provoqua la panique dans la flotte. Les amarres furent coupées et les bateaux qui le purent prirent la fuite. A l'aube du 8 août, le San Martin, le San Juan, le San Marcos et deux galions portugais étaient les cinq dernières barrières entre la flotte anglaise et l'Armada. La bataille qui s'ensuivit dura neuf heures. Les Anglais s'efforçaient de séparer les navires et de les pousser vers les hauts-fonds, aidé par un vent qui venait du Nord et désavantageait considérablement la flotte espagnole. Pour la première fois, les navires Anglais étaient très proches des navires espagnols et pouvaient enfin leur infliger des dommages majeurs. A aucun moment, les Espagnols ne peuvent se mettre en position favorable à un abordage qui les aurait avantagé. Le combat fit rage jusqu'à ce que les anglais manquent de munition. A la fin de l'affrontement, l'Armada était à la fois désorganisée et éparpillée... jusqu'à ce qu'ils furent en manque de munitions et qu'ils quittèrent le port. L'Armada, était à la fois désorganisée et éparpillée... Pour rallier le reste de la flotte, Medina Sidonia, qui n'avait pas perdu espoir de la jonction avec Farnèse, fit pendre l'un des capitaines pour "trahison". Puis, il convoqua un conseil de guerre pour savoir quelle stratégie adopter. Il fut décidé que l'Armada devait revenir vers la Manche pour une seconde tentative de rendez-vous avec les forces de Farnese pour envahir l'Angleterre. Il restait encore 112 navires. La situation n'était pas encore désespérée, mais ils n'avaient plus d'ancre, il n'avait toujours pas de nouvelles de Farnese et le vent soufflait au nord. Medina décide de rentrer en Espagne. Mais les vents se montrent particulièrement violents, et la mer hostile, tandis que la flotte espagnole est obligée de contourner l'Irlande. Les tempêtes successives se chargèrent d'anéantir l'Armada. Seul une soixantaine de navires parvinrent à rejoindre l'Espagne.
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III. LA DEFAITE DE L'INVINCIBLE ARMADA : CAUSES ET CONSEQUENCES
La défaite de l'Invincible Armada est désormais légendaire. On a beaucoup écrit sur les causes de cette défaite, comme sur ses conséquences. Mais entre légende, propagande et vérité historique, il y a bien des choses a éclairer sur ces deux points.
1. Les causes de l'échec de l'invincible Armada : entre propagande et vérité historique
On a beaucoup insisté sur l'inexpérience maritime du duc Alfonso Pérez de Guzman, duc de Medina Sidonia (1550-1619), pour expliquer la défaite de l'Invincible Armada. Il est vrai qu'à l'origine, il n'était pas celui qui devait diriger l'Armada. Celle-ci devait être entre les mains de l’expérimenter Santa-Cruz. Mais celui-ci décède le 9 février 1588. On peut alors se demander pour quelle raison Philippe II a donner le commandement de la plus importante flotte de la chrétienté à un homme inexpérimenté, et si le poids fut aussi décisif que la propagande l'a dit dans la défaite ? Certes, Media Sidonia était le confident et le favori de Philippe II, mais, homme de terre, il ne cachait pas son manque d'enthousiasme. Une lettre envoyée à Philippe II rapidement après sa nomination au commandement de l'Armada, en février 1588, témoigne de son appréhension "j'aimerai avoir le talent et la force nécessaires pour une tache aussi grande [...] mais ma santé est trop fragile, ma modeste expérience m'a appris que je souffre du mal de mer et que je prends toujours froid. J'ai de lourdes dettes, ma famille doit 900 000 ducats, et je n'ai pas un réal à dépenser dans cette expédition. " Cette lettre ne servit à rien, car la décision de Philippe II était arrêté. Ainsi lui répondit-il : "Si vous devez échouez, vous échouerez, mais notre cause étant La cause de Dieu, vous n'échouerez pas. Reprenez courage et appareillez dès que vous le pourrez." En effet, Marques de Santa-Cruz présentait le double avantage hélas très peu répandu à l'époque d'être un amiral, et un seigneur suffisamment important pour être suivit. Mais il était le dernier. A sa mort, il n'y avait plus de grand qui était ne serait-ce qu'un marin. Or, donner le commandement a un seigneur expérimenté sur mer, mais de moindre range que les chefs d'escadre, ce serait risquer que ces derniers lui désobéisse et que l'anarchie ne menace. Or, le duc de Médina Sidonia était devenu, en 1555, à la mort de son père, le 7e duc de Sidonia, et hérita, à la mort de son grand-père, en 1559, de l'une des plus grande fortune d'Europe. S'il n'était pas un marin, il garantirait l'unité de décision. A ceci s'ajoutait des raisons économiques : malgré les plaintes du duc, Philippe II le connaissait suffisamment pour espérer que celui-ci contribuerait généreusement au financement de la campagne. Et sur ce point, il eut raison. Cependant, il faut atténuer le rôle de l'inexpérience de Médina Sidonia, car il avait pour le soutenir un Etat-major qui était, lui, remarquablement expérimenté ! A commencer par Juan Martinez de Recalde, 62 ans, qui avait passé sa vie au service de la mer. Ayant la charge administrative de l'escadre de Biscaye, il était le commandement en second de la flotte. Cependant, pour les mêmes raisons qui avaient ammené Philippe II a nommer Medina Sidonia, les ordres secrets du roi prévoyaient qu'en cas de disparition de celui-ci, ce serait un noble plus jeune qui prendrait ses fonctions, Alfonso Martinez de Leiva, qui commandait la caraque génoise la Rata Santa Maria Enconorada. ou se trouvait la noblesse Espagnole, et qui était estimé et respecté par tous. Miguel de Oquendo était, quant à lui, en charge de l'escadre Guipuzcoa, et dont les talents le firent passer à la postérité comme celui qui conduisait son navire "comme un lancier". Martin de Bertendona, quant à lui, était issu d'une famille qui servait la marine royale espagnole depuis des générations. Les deux combattants de ses unités non-combattantes étaient également solides, expérimentées et fiables. Quant aux deux principaux officiers d'Etat-major, Diego Flores de Valdes, conseiller en affaires navales de près de soixante ans, et Don Francisco de Bobadilla, responsable du contingent militaire embarqué sur la flotte, devaient assurer l'application des instructions royales à la lettre. Parmi les responsables de l'Armada, seul Medina de Sidonia, 37 ans, Leiva et Moncada avaient moins de quarante ans. L'expérience collective de ces responsables était énorme. La plupart s'étaient largement distingué par leurs compétences dans le passé, essentiellement au Pays-Bas, au Portugal. Il a beaucoup été dit également que l'Armada s'était inclinée en raison de la taille de ses bateaux. Nous avons vu que les Galeases étaient des bateaux très imposants, qui s'étaient notamment distingué à la bataille de Lépante, le 5 octobre 1571, contre les Ottomans. Certes. Cependant, la prudence est de rigueur, car il ne faut négliger l'importance de la propagande britannique qui a volontairement grossi la comparaison entre les deux flottes. "Ils étaient si gros que le vent se fatiguait à les porter et l'Océan grondait sous leur poids" rapporte l'anglais William Camden. Richard Hakluyt lui, avait carrément soutenu que les navires étaient si vastes que les Espagnols avaient hésités à les faire passer dans la Manche. Sans aller jusque là, il est vrai que, d'une part, la plupart des navires possédaient une coque large et épaisse qui les rendaient bien peu maniables, d'autre part que sur l'avis de ses conseillers, Medina Sidonia avait surévalué les châteaux et arrières, qui étaient déjà imposants, leur donnant un aspect toujours plus spectaculaire, tandis que John Hawkins, de son côté, avait, en abaissant le fardage des navires anglais pour les rendre plus agiles et meilleurs voiliers, effectué la transformation inverse. En revanche, il faut noter que ces mêmes navires n'étaient ni des galions de combats, ni mêmes des navires de guerres, mais des navires transports, ré adapté à la situation. Mais il faut rappeler que certains bateaux britanniques n'avaient rien à leur envier. Treize d'entre eux avaient plus de 500 tonneaux et étaient lourdement armés. Soulignons par ailleurs ici la méfiance qu'il faut garder vis-à-vis de ces statistiques, car les documents dont nous disposons n'éclairent pas sur les formules utilisées pour le calcul des tonnages. Or, ceux-ci étaient differents selon les anglais et les espagnols, dont il est probable que la méthode de calcul donne un résultat plus important. Les historiens Fernandez Duro (1830-1908) et Sir John Knox Laughton (1830-1915) avaient avancé comme cause de la défaite de l'Armada que la puissance de feu totale de l'Armada était inférieure à celle de la flotte anglaise. Néanmoins, à l'aide des informations limitées fournis par le premier en 1885 et l'inventaire des canons capturés à bord du San Salvador et de la Nuestra Senoria del Rosario. Il utilisa ces chiffres pour prouver que la puissance de feu de l'Armada était plus importante que celle des anglais. Mais les inventaires de ces bateaux n'étaient pas représentatifs de l'armement de la flotte, comme le docteur Thompson, qui, en analysant de façon détaillées des rapports conservés dans les archives répertoriant au moins 75% des canons réellement embarqués sur l'Armada, l'a montré, concluant que sa puissance de feu devait, effectivement, être inférieure d'un tiers à celle de l'Angleterre. Il semblerait que cette cause soit donc tout a fait recevable dans l'explication de la défaite espagnole. Evidemment, fut aussi avancée la fameuse thèse qui affirmait que les canons anglais étaient de plus longues portées. Pour les raisons expliquées plus haut, il semble admis aujourd'hui que, en dépit des différentes longueurs des canons, les portées des deux artilleries étaient pratiquement identiques. En revanche, le matériel espagnol le désavantageait largement dans le domaine du poids et de la vitesse des projectiles envoyés. Et, finalement, les dommages infligés aux galions d'Elisabeth restèrent limités et il y eu peu de victimes, comme le prouve le livre de bord des navires de la Reine ou été répertoriés les dégâts, et qui n'en relève que très peu de grave... Mais les espagnols ne furent jamais en manque de munition comme on l'a beaucoup dit. A la bataille de Gravelines, où la rumeur courrait que les Espagnols s'étaient inclinés pour cette raison, Medina Sidonia avait d'ailleurs reçu du duc de Parme un réapprovisionnement de munitions, et tous les témoignages font état d'une activité intense du point de vue de l'artillerie des deux cotés.
2. Les conséquences de la défaite de l'Invincible Armada
Les premières nouvelles qui arrivèrent sur le continent annoncèrent la victoire des espagnols. L'ambassadeur espagnol à Paris fit allumé un feu de joie devant son ambassade. A Rome, le représentant de Philippe II se rendit au Vatican pour suggérer la célébration de messes et d'actions dans toute la chrétienté et pour réclamer le million de ducats d'or promis par le Pape si l'invasion réussissait. Le roi d'Espagne accueillit ces rapports avec la plus grande prudence, faisant remarquer qu'il serait prématuré d'envisager des réjouissances officielles étant donné qu'il venait de recevoir des nouvelles beaucoup plus négatives. Les anglais n'étaient d'ailleurs guère mieux renseignés... Le 31 août, la Cour reçoit une lettre de Farnèse, rédigée trois semaines plus tôt. Cette lettre constitue le premier rapport fiable des évènements. En apprenant le revers de Medina Sidonia, il lui écrit une lettre dans laquelle son trouble n'est nullement dissimulé. Le jour même, Don Juan de Idaquez répond à Farnese : "Je n'ai pas besoin d'insister sur la désolation causée par le spectacle d'une chose qui a coûté tellement de temps, d'argent et de soucis - chose si importante pour le service de Dieu et de sa Majesté - et qui se trouve mise en péril juste au moment où elle devrait porter ses fruits. Sa Majesté l'a ressenti plus que vous ne l'imaginez. Comment croire qu'il ne reste plus d'espoir alors que tout ceci a été réalisé pour sa gloire (...) je ne peux comprendre comment il peut tolérer un tel malheur. Il est certain que ce travail ne nous laisse pas le temps de penser à autre chose, pas plus que d'y penser avec l'impression d'une immense désolation." La correspondance de Philippe II à l'automne 1588 permet encore plus de se rendre compte de l'affliction du Roi d'Espagne. Mais, au delà de cette désillusion, nous pouvons nous demander quelles conséquences a eu la défaite de l'Invincible Armada ? Annonce-t-elle un déclin de l'Espagne, comme on l'a beaucoup interprété, ou encore l'affirmation de la puissance anglaise ? En réalité, il ne semble pas que cet affrontement n’a réellement été décisif. Du côté anglais, dès l'année suivante, les anglais lancèrent une expédition contre le Portugal. Bien qu'il n'y ait eu aucune flotte contre Norris, cette expédition se solda par un échec indéniable. Pire : a partir de ce moment, la guerre s'enlissa et dura quatorze ans, pour s'achever par un recul britannique. L'Angleterre, à la mort d'Elisabeth, est encore une puissance secondaire, tandis qu'à l'inverse, il faudra attendre la guerre franco-espagnole du XVIIe siècle pour constater un déclin réel de la puissance espagnole en Europe. Bien des historiens ont voulu voir dans la débâcle de l'Armada le transfert de la suprématie maritime de l'Espagne à l'Angleterre. C'est un jugement partial qui semble erroné. En effet la marge de supériorité de la puissance navale anglaise sur la puissance navale ibérique. La preuve en est donnée par l'échec des tentatives de blocus anglais contre les espagnols. Drake et Hawkins désiraient en effet couper les ressources que Philippe II tirait de ses possessions coloniales pour le mettre en position de faiblesse, mais il n'y parvinrent pas : il arriva en Espagne plus d'or américain entre 1588-1603 que dans une autre période de quinze ans dans l'Histoire de 'lEspagne. Certains historiens ont aussi voulu voir dans cette défaite le début du déclin de la puissance coloniale espagnole. C'est là un pas à franchir avec beaucoup de prudence, car à la mort d'Elisabeth, les Espagnols n'avaient toujours pas perdu le moindre territoire colonial au profit des anglais. Les historiens Froude, Moltey, Ranke et Michelet affirmèrent que l'Armada eut sur l'expansion de la Réforme en Europe une action décisive en l'empêchant de triompher. Cela, en revanche est possible. Une victoire du catholicisme sur leur principal adversaire protestant aurait pu apporter a cette confession un coup sévère. Mais pourtant, par bien des aspects, et a commencé par le fait que les anglais catholiques ne se sont pas rangés derrière les espagnols, cet affrontement a démontré à la fois que l'union catholique était une utopie, mais également que l'unité religieuse était un rêve médiévale définitivement dépassé - s'il était encore besoin de le prouver -, car aucune foi ne disposait des forces et de l'unité de décision suffisante pour s'imposer.
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La défaite de l'invincible Armada fut-elle décisive ? Celà n'est pas évident. D'abord, parce que sur la plan politique, elle n'a rien résolue. Son echec a réduit à néant tous les objectifs de Philippe II, que ce soit concernant l'Angleterre ou les Pays-Bas. L'Angleterre n'ayant pas chercher à poursuivre plus loin la victoire, elle n'eut pas non plus de conséquences néfastes pour l'Espagne, qui continue d'être une puissance majeure en Europe, soutenue par ses possessions coloniales. Sur le plan militaire, peut-être est-ce une victoire d'une conception moderne de la guerre navale sur une conception traditionnelle, mais ceci reste contestable : lors de la premiere bataille hispano-anglaise, la formation en croissant n'avait pas révélé de faille particulière face à l'attaque en ligne "moderne", et, on l'a vu, la victoire anglaise ne fut determinée que tres relativement par celà... Cependant, par la dimension que la propagande et la légende lui a donné, on peut se demander si elle n'a pas participer au developpement du déclin des espagnol et de l'affirmation anglaise, si ce n'est pas concretement, au moins par l'impact qu'elle a eu sur les mentalités de l'époque.
annexe :
Discours prononcé par Elisabeth Ire à Tilbury, au milieu de son armée, pour motiver ses troupes (en anglais pour le moment, traduction à venir...)
"My loving
people, we have been persuaded by some that are careful of our safety
to take heed how we commit ourself to armed multitudes for fear of
treachery; but I assure you, I do not desire to live to distrust my
faithful and loving people. Let tyrants fear. I have always so behaved
myself that, under God, I have placed my chiefest strength and safe
guard in the loyal hearts and good will of my subjects, and therefore I
am come amongst you, as you see, at this time, not for my recreation
and disport, but being resolved, in the midst and heat of the battle,
to live or die amongst you all, to lay down my life for my God and for
my kingdom and for my people, my honour, and my blood, even in the
dust. I know I have the body of a weak and feeble woman, but I have the
heart and stomach of a king, and a king of England too, and think foul
scorn that Parma or Spain, or any prince of Europe should dare to
invade the borders of my realm; the which, rather than any dishonour
shall grow by me, I myself will take up arms, I myself will be your
general, judge, and rewarder of every one of your virtues in the field.
I know, already for your forwardness, you have deserved rewards and
crowns; and we do assure you, in the word of a prince, they shall be
duly paid you. In the meantime my lieutenant-general shall be in my
stead, than whom never prince commanded a more noble or worthy subject,
not doubting but by your obedience to my general, by your concord in
the camp, and your valour in the field, we shall shortly have a famous
victory over those enemies of my God, of my kingdom, and of my people." |