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puce Le conflit Tchétchène (le 24/10/2009 à 09h51)

Grozny, capitale Tchétchène, 1999


La Charte des Nations Unies de 1945 mettait en valeur le droit des peuples à disposer d'eux-même. Un principe qui, selon l'Assemblée générale des Nations Unies ne peut s'interpréter comme "autorisant ou encourageant une action, quelle qu'elle soit, qui démembrerait ou menacerait, totalement ou partiellement, l'intégrité territoriale ou l'unité politique de tout État souverain et indépendant". On le voit, tout n'est pas clair dans ces principes, et face à certains conflits, où se situer ? Prenant ses origines il y a plus de deux siècles, le conflit Tchétchène entre dans ce cadre. Il a atteint son apogée en 1994 et en 1999, avec les deux guerres qui ont ravagé le pays. La destruction, les massacres, l'étouffement médiatique et la violation des droits de l'homme ont fait rage, dans l'inaction la plus totale du reste du monde.
Dès lors, on peut se demander dans quelle mesure le cas Tchétchène est représentatif de l'échec des revendications indépendantistes des nations non soutenues par la communauté internationale. Nous aborderons pour cela dans un premier temps les  conditions qui ont amené la Tchétchénie à réclamer son indépendance (I), puis comment la répression soviétique a étouffé leurs revendications (II) avant d'étudier les causes du silence international (III)

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I. Les revendications tchétchènes : L'indépendance

A. La conquête russe du Caucase

Les affrontements entre les soviétiques et les tchétchènes pour l'indépendance de ces derniers remonte au début du XIXe siècle. Indépendants, ils l'étaient alors, à cette période qui correspond à celle de leur islamisation liée à l'influence des missionnaires nakshbandis issus du Daguestan. Mais cette période correspond surtout à celle de la volonté d'expansion soviétique. Pour eux, la conquête de cette région était essentielle pour assurer ses liens avec la Georgie. Les russes implantèrent des postes militaires et installèrent des colons cosaques. Mais la conquête du Caucase ne se fit pas si simplement, car les tchétchènes se livrèrent à une guerre sans merci pour l'indépendance du Caucase. A partir de 1830, les affrontements furent impitoyables entre les russes et les tribu caucasiennes, menés par l'Imam Chamil (1797-1871). Celui-ci dut néanmoins s'incliner en 1859. Ce personnage est encore aujourd'hui un symbole pour les tchétchènes de la résistance aux russes et un modèles pour les combattants actuels. S'ensuivit une période de soviétisation du territoire qui ne dissipa cependant pas les aspirations d'indépendances régionales.

B. La période de la tchétchéno-Ingouchie

L'ascension bolchévique modifia la situation dans la région. L'expansion russe fut interrompue, tandis que la Tchétchénie se voyait dotée d'un gouvernement soviétique dès mars 1918. Elle fut alors le théâtre de violents affrontements durant la guerre civile qui opposa les bolchéviks aux russes blancs - partisans du retour au Tsarisme. La guerre prit fin en 1921, et après une brève incorporation à la République socialiste soviétique autonome (RSSA), la Tchétchénie reçu le statut de région autonome en novembre 1922. Ils avaient leur structure administrative propre et s'auto-gouvernait dans une certaine mesure. Puis elle fut réunie à une autre région autonome, l'Ingouchie, avec laquelle elle devint la RSSA de Tchétchéno-Ingouchie en décembre 1936. Cependant, la seconde guerre mondiale fut le pretexte pour Staline d'une déportation massive des tchétchènes. Il avait tenté de les rapprocher de la culture soviétique en fermant les écoles musulmanes, en vain. En 1944, Près de 400 000 tchétchènes - et plus de 90 000 Ingouches - furent déportés au Kazakhstan. La propagande soulignait qu'ils étaient heureux dans leur nouveau territoire où ils apprenaient une nouvelle vie. Il fallut attendre la destalinisation pour que les tchétchènes puissent rentrer chez eux. En 1957, la tchétchéno-Ingouchie, abolie depuis la fin de la guerre, fut reconstituée en 1957.

C. La proclamation de l'indépendance.

Alors qu'ils étaient majoritaires dans la région, les nationalistes tchétchénes se trouvèrent un leader dans la personne de l'ancien général de l'armée de l'air soviétique Djokar Moussaïevitch Doudaïev (1944-1996). Eux qui aspiraient à la liberté depuis des siècles proclamèrent leur indépendance en 1991. La russie approuva leur séparation des Ingouches, qui devint la république autonome d'Ingouchie en decembre 1992. De son côté, la tchétchénie devenait la République tchétchène d'Itchkérie, Djokar Doudaïev est le premier président du nouvel Etat,reconnu uniquement par les talibans afghans et la Georgie jusqu'en 1992. La Russie aurait pu les reconnaitre également, mais à une condition : d'adhérer au traité fédéral présenté aux 21 républiques de russie, le 31 mars 1992. Or, se considérant comme indépendante, la tchétchénie imite le Tatarstan et refuse de signer le traité : elle est hors de la fédération soviétique. Dès lors, Moscou refuse de reconnaitre l'indépendance tchétchéne.

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II. La Répression soviétique

A. L'humiliation russe

Le problème tchétchène a eu la malchance de se poser à la Russie au plus mauvais moment : la chute de l'Empire, l'échec de la campagne en Afghanistan (1979-1989) : la Russie est humiliée . Avec le traité fédéral, la Russie souhaitait redonner une cohérence à sa fédération. Il était hors de question que son orgueil soit encore une fois bafoué par les indépendantistes tchétchènes. Il fallait frapper fort, pour prouver que la Russie était encore un État puissant. Un blocus économique est mis en place en 1992, pour conserver ce territoire dont la richesse en pétrole et en gaz naturel intéresse particulièrement. Mais bientôt s'ajoutent des problèmes internes à la Tchétchénie. En avril 1993, le président Douaidev engage des réformes qui inquiètent les soviétiques, telle que la dissolution du Parlement. En réalité, plus que ses réformes, c'est maintenant le personnage qui dérange. Car il remet en cause des arrangements effectifs entre les dirigeants tchétchènes et les hauts fonctionnaires russes, qui avaient des accord sur le pétrole soviétique, qui transitait par la Tchétchénie pour arriver sur le marché étranger. Une attitude que la russie s'estimait obligée de punir militairement. Alors, quand Boris Elstine (1931-2007) prend l'avis du ministre qu'il vient de nommer à la tête du FSK (1), Sergueï Vadimovitch Stepachine (1952-) et que ce dernier lui assure que le problème peut être réglé en quelques semaines, le pas est franchit et l'assaut est lancé le 11 décembre 1994. Mais sur place, les choses se corsent. La supériorité matérielle sur laquelle comptait Elstine ne suffit pas à prendre un avantage décisif. Les Russes prennent Grozny dès février 1995, mais se retrouvent embourbé dans une guérilla dont ils n'arrivent guère a s'extirper, malgré la mort de Doudaïev en avril 1996. Finalement, le nombre de civils tués (80 000 morts au total entre 1994 et 1996) rend la situation délicate pour Elstine, dénoncé sur la scène internationale, mais aussi en Russie même, y compris dans l'armée - le cas le plus connu étant le général Alexandre Lebed (1950-2002), qui négocie un accord de paix avec le deuxième président tchétchène Zelimkhan Iandarbiev (1952-2004. Ce dernier reconnaissait la souveraineté de la Tchétchénie au sein de la fédération.

B. La montée des tensions

Ni les accords de paix de Moscou, ni le traité de paix de 1997 signé entre Elstine et le troisième président tchétchène, Aslan Maskhadov (1951-2005) qui mit fin officiellement à la guerre, n'apportèrent réellement le calme dans la région. Bien au contraire, la Tchetchénie se retrouve confronté à deux fléaux qui ruinèrent sa réputation : le kidnapping et la montée des mouvements fondamentalistes musulmans. En effet, la région est devenue la capitale de la prise d'otage avec rançon. Le secrétaire adjoint du Conseil de sécurité, l'oligarque Boris Berezovski (1946-), se charge de faire libérer les otages occidentaux grace à ses contacts avec les chefs de guerre tchétchènes. Il fournit aux kidnappeurs de grosses sommes d'argent contre les otages, et alimente ainsi un cercle vicieux puisque les tchetchenes multipliaient les kidnappings en augmentant les rançons. Berezovski recevait néanmoins les mérites des libérations, ce qui augmentait son prestige, tandis qu'il commence à s'intéresser au nouveau directeur du FSB, le méconnu Vladimir Poutine (1952-), qu'il pousse au poste de premier ministre en aout 1999, persuadé - à tort - de l'influence qu'il peut avoir sur lui. Et c'est précisément à ce moment que le problème de la montée des groupes radicaux islamique est mis en valeur par les événements effectifs au Daguestan : en effet plusieurs milliers de combattants tchétchènes entrent dans cette région voisine pour y proclammer une république islamique. A la tête du groupe, les wahhabites Chamil Bassaïev (1965-2006), Ibn al-Khattab (1969-2002) et Movladi Ougoudov, qui veulent « libérer et unifier la région ». Le spectre du terrorisme islamiste va être instrumentalisé par la Russie pour justifier une campagne qui va leur permettre de restaurer leur image. Après avoir repoussé les extrémistes tchétchènes, le gouvernement soviétique est confronté, le 31 aout 1999 à une vague d'attentats à la bombe sème la terreur en Russie, faisant près de 300 victimes. Le gouvernement soviétique accuse les tchétchènes et crie vengeance, même si les preuves de leur culpabilité ne sont pas établies. Au contraire, la rapidité avec laquelle le gouvernement a décidé de déclencher la deuxième guerre tchétchène a été si immédiate que beaucoup ont songé a une manipulation orchestrée par les services secrets soviétiques eux mêmes...

C. La "tchétchénisation"

Dès le 5 septembre, l'aviation russe bombarde Grozny, provoquant l'exode de 250 000 tchétchènes. Les bombardements s'intensifient fin septembre, et s'étendent à toute la Tchétchénie. Le 1er octobre, Vladimir Poutine affirme ne plus reconnaitre le pouvoir de Maskhadov, et envoie ses troupes sur le territoire tchétchène. C'est la guerre. Une guerre ou cette fois les tchétchènes vont se livrer aux mêmes cruautés que les russes. Eux qui, lors de la première guerre, avaient traité les prisonniers soviétiques avec respect dans le but d'envoyer un image positive à Moscou pour en obtenir plus de souplesse adoptent désormais l'attitude inverse, traitant les prisonniers de guerre avec barbarie. Désormais, dans les deux camps la haine et le désir de destruction est palpable. La capitale finit néanmoins par tomber, le 1er février 2000, et dès le lendemain, Poutine annonce la fin "officielle" des opérations en tchétchénie. En réalité, le combats se poursuivent toujours en 2001, sous le nom "d'opérations anti-terroristes", confiée au FSB. Maskhadov est remplacé par un politicien russe, Akhmad Kadyrov (1951-2004). C'est le début de la "tchétchénisation" (terme employé par la journaliste Anna Politkovskaïa (1958-2006) sur laquelle je reviens un peu plus bas), avec la multiplication des crimes racistes à l'égard non seulement des tchétchènes mais de tous les originaires du Caucase, ce qui aggrave un peu plus le conflit avec les indépendantistes qui se radicalisent toujours davantage et poursuivent la guerilla, multipliant les attentats dont celui qui assassinera Kadyrov le 9 mai 2004, lors du défilé en l'honneur de l'anniversaire de la victoire sur les Nazis. Le 29 aout, lors d'une élection on ne peut plus douteuse, c'est un autre pro-russe qui est élu : l'ancien ministre de l'Intérieur  Alou Alkhanov (1957-), qui dirigera le pays de jusqu'à février 2007. Le 8 mars 2005, Aslan Maskhadov, qui avait pris ses distances avec les wahhabites et semblait être le seul interlocuteur possible avec les Russes est exécuté par ces derniers dans des circonstances troubles. Puis c'est Bassaïev, auteur d'une sanglante prise d'otage en 2005, qui est éliminé en Ingouchie le 10 juillet de l'année suivante. Finalement, en 2007, c'est le fils d'Akhmad Kadyrov, Ramzan (1976-) qui est nommé par Poutine à la présidence de la République tchétchène, avant d'être enterriné dans ses fonctions par le Parlement le 2 mars, à un moment ou les forces indépendantistes, dont tous les leaders sont tombés, commence à faiblir. L'alliance entre le clan Kadyrov et le pouvoir russe a apporté néanmoins quelques fruits, a commencé par des sommes impressionnantes consacrées à la reconstruction, qui a partir de 2007 accueille de plus en plus de réfugiés des régions voisines ou le conflit semble s'être déplacé.

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III. Le silence international

A. La violation des droits de l'homme et l'étouffement médiatique

Ce que l'on peut noter, quant au conflit tchétchène, c'est l'absence du soutien international aux rebelles. L'indépendance tchétchène ne sensibilise pas. A la rigueur, les massacre. Quand Eltsine lance l'offensive de 1994, il a le soutien, quoique timide, de Bill Clinton. Ce dernier va néanmoins lui demander de verser "un minimum de sang". Le 6 janvier 1944, il écrit à Boris Eltsine pour lui demander d'épargner les civils. Moscou exprime clairement que c'est une affaire interne, le "prix a payer pour conserver le territoire russe", et la communauté internationale se laisse volontiers convaincre. Mais Moscou ira trop loin ce qui devait être au départ "une opération de maintien de l'ordre" va prendre des allures de génocides, violant les droits de l'homme, avec massacre de civils, tortures et, surtout, création de camps. Ces fameux "camps de filtrations", confirmés par de nombreux témoignages indirects. Les militaires y battaient, mutilaient les terroristes tchetchenes prisonniers. Certains, morts ou vivants, sont revendus à leurs familles. L'un de ces prisonniers s'en souvient encore. C'est Andreï Babitski (1964-), journaliste russe pour la station Radio Free Europe (fondée en 1949) qui se révolta face à la désinformation pratiquée par les sovietiques. Une désinformation d'autant plus facile à effectuer que la Tchetchenie est fermée aux medias, et que les visites sont contrôlées par l'armée russe. Quant aux journalistes, ils doivent se déplacer clandestinement. C'est ce que fait Babitski, quand il entend la Russie expliquer que la Tchetchenie a été évacuée avant les bombardements de la seconde guerre. Persuadée qu'il s'agit d'un mensonge, il s'y rend pour vérifier lui-même. Il parvient même à interviewer Bassaïev. Or Moscou craint que ses reportages sur les rebelles tchétchènes ne contredisent leur vision médiatique du conflit. Le 15 janvier 2000, Babitski disparait. Devant l'émoi provoqué par sa disparition, les autorités russes démentent l'avoir arrété, puis admettent, le 28 avoir procédé a son arrestation 5 jours plus tôt, pour "défaut d'accréditation militaire". Ceci va engendrer une vague impressionnante de soutien, de protestations, de manifestations organisées à Moscou par des journalistes qui vont rassembler des centaines de personnes sur lesquelles les cameras sont tournés, et qui réclament la libération de Babitski. Celui-ci sera finalement échangé en tant que prisonnier de guerre comme le montrera une vidéo diffusée par les services secrets. D'autres n'ont pas eu cette chance : la journaliste Anna Politkovskaïa, qui travaillait pour la Novaïa Gazeta et était connue pour son opposition à Poutine et sa dénonciation de la guerre en Tchétchénie, est ainsi assassinée dans l'ascenseur de son immeuble, à Moscou. Peu avant sa mort, elle écrivait encore « Qu'est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l'insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l'amabilité. En Tchétchénie les Kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c'est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des "détails permettant de placer les Tchétchènes en faveur de la Russie." ». De même, la journaliste Natalia Estmirova (1958-2009), active défenseuse des droits de l'homme en Tchétchénie, sera assassinée visiblement sur ordre de Ramzan Kadyrov, le 15 juillet 2009.

B. L'hypocrisie internationale

On peut s'interroger sur les causes de ce silence international, qui a par moment pris des proportions inquiétantes, dont l'hypocrisie ne faisait aucun doute. Les mesures prises au conseil des affaires générales, le 24 janvier 2000, au coeur de la seconde guerre tchetchene l'atteste bien. La déclaration présentée pour sanctionner la Russie pour avoir transgresser les droits de l'hommes est en effet des plus expressive sur la chose. Elle commence par « se féliciter du déroulement démocratique des élections législatives ». et exprime combien « la Russie constitue pour l’UE un partenaire de première importance ». L’Union européenne d’ailleurs « souhaiterait continuer à consolider et à développer ce partenariat stratégique à long terme dans le but d’améliorer la sécurité et la stabilité en Europe et au-delà ». Ce n’est qu’au troisième paragraphe qu’apparaissent les mots « droits de l’homme, État de droit et liberté de l’information et des médias ». Et au quatrième paragraphe, le Conseil se permet d'exprimer que l'UE est« vivement préoccupée par la poursuite de la violence en Tchétchénie» et qu'elle « réitère sa condamnation de l’usage aveugle de la force par les autorités russes qui a aggravé la situation humanitaire ». Mais, immédiatement effarée sans doute de cette position audacieuse, les paragraphes suivants servent à atténuer cette petite pique. « Le Conseil ne conteste pas le droit de la Russie de préserver son intégrité territoriale » Il se satisfait que « M. Poutine a donné l’assurance qu’il tiendrait l’UE pleinement au courant de la position de la Russie sur l’évolution de la situation et de la manière dont elle respecte les normes internationales ». Et ce n’est qu’à partir du septième paragraphe que l’Union annonce les sanctions envisagées, aussi menaçante pour la Russie qu'un poux pour la tête d'Andre Agassi :
Les trois premieres sont économiques
1- La mesure la plus symbolique était la réorientation du programme Tacis vers les valeurs démocratiques et la société civile. Sur les 500 millions d’Euros du programme Tacis, 130 millions d’Euros vont à la Russie. 90 millions auraient du être réaffectés, et non l'ont jamais été
2- Une deuxième sanction visait à ne pas reporter un supplément d’aide alimentaire de 1999 sur le budget 2000. Outre que cette mesure était très symbolique (environ 30 millions d’Euros), elle n'avait que peu d’impact sur la Tchétchénie.
3- En fait, la seule sanction réellement entrée en vigueur est la surveillance plus stricte des accords commerciaux. Mais peut-on vraiment considerer que celà concernait la Tchétchénie ?
Les autres concernent surtout des suspensions de négociation :
4- Révision du plan de travail pour la mise en œuvre de la stratégie commune de l’Union européenne ;
5- Suspension de la signature d’un accord scientifique et technologique ;
6- Suspension de l’examen d’une possible extension des systèmes de préférence généralisées vers la Russie (60 millions d’Euros sont concernés mais 120 millions d’Euros continuent d’être applicables) ;
Dans ces cas, les accords ne sont pas annulés, c’est la formalisation ou la négociation de l’accord qui sont suspendus.
Quant aux quelques mesures prises par le conseil de l'Europe, elles ont été levés rapidement.

C. Les Causes du silence

Des explications, on peut en trouver d'abord en Russie, ou l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine à sensiblement changé la donne. Incarnant l'espoir de la stabilisation russe, il est devenu l'homme fort du Kremlin. C'est qu'il ne faudrait pas oublier les intérêts entre l'Europe et la Russie, qui approvisionne le vieux continent en Gaz et qui contrôle les oléoducs transportant le pétrole de la Caspienne. La priorité européenne était de privilégier les relations avec la Russie, avec qui elle souhaitait développer la coopération économique. Or les relations avec la Russie ne sont pas forcement évidentes tant les divergences sont flagrantes entre un Etat souverain soucieux de défendre ses intérêts nationaux et une institution comme l'Europe qui, à l'inverse, est fondée sur l'égalité entre les États membres, et qui accepte de sacrifier partiellement sa souveraineté dans ce but. Donc si l'Union Européenne est aujourd'hui le premier investisseur en Russie, et c'est avec elle que les soviétiques réalisent plus de la moitié de leurs échanges. c'est que l'Union a considéré que le prix a payer pour cela était de ne pas être trop agressif sur la question tchétchène - juste ce qu'il faut pour ne pas être accusé d'indifférence absolue. Une question sur laquelle, de tout façon, l'occident se sent peu concerné. Nul ne voit d'un bon œil l'accession à l'indépendance de petits États issus de la Russie, encore plus quand les fondamentalistes musulmans ont un tel poids et que leur seul soutien provient des talibans afghans. De plus, comparativement à un sujet sensible comme les palestiniens, le cas tchétchène n'émeut pas particulièrement les opinions publiques occidentales, ce qui conforte les gouvernements dans leurs choix de faire des condamnations anecdotiques à l'égard de la Russie.

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Si le problème Tchétchène n'est aujourd'hui pas réglé, la stabilisation semble désormais d'actualité. Elle est due en grande partie par l'essoufflement de la population, dont tous les leaders ont été abattus, et qui ne voit pas d'issue. Et la reconstruction partielle de la ville ravagée ne peut cacher le traumatisme d'une population dont une bonne partie n'a connu que la guerre. Si le cas Tchétchène n'est pas isolé, il montre en tous les cas que face à l'ambiguité du droit international ce sont en général les enjeux économiques ou géopolitiques qui ont le dernier mot.

(1) Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, aujourd'hui FSB, successeur du KGB dissout en 1991

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