Représentation de Flavius Josèphe
L'autobiographie de Flavius Josèphe (37 - 100), écrite à la fin du Ier siècle, est chronologiquement sa dernière oeuvre achevée. Flavius Josèphe est un historien juif, dont l'oeuvre est l'une des sources les plus précieuses de l'Histoire romaine. Considéré comme traître par les juifs en raison de son ralliement aux Flaviens, pourtant destructeurs du Temple de Jérusalem, il a écrit l'autobiographie notamment pour justifier son choix, dans une Rome ou il est très bien vu, mais où les juifs ont une situation délicate, surtout avec l'apparition du christianisme. Dans les premieres lignes de cet ouvrage, il se livre à un véritable éloge de sa famille, comme de lui-même, à travers le préstige de sa dynastie, la précocité de ses aptitudes, et son parcours spirituel. Mais pourquoi un homme aussi reconnu se sent-il le besoin de se légitimer et se justifier ainsi ? Quel est l'enjeu, pour Flavius Josèphe, de ces premières lignes, de cet éloge de lui-même et de sa famille ? Je répondrais à cette question en étudiant, dans une première partie, le prestige de sa famille, puis, dans une deuxième partie, en quoi il fut un enfant digne de cette illustre famille, avant d'étudier, dans une dernière partie, son choix spirituel. * ** I - Une famille prestigieuse 1. Une famille appartenant à la noblesse sacerdotale "Les divers peuples ont chacun leur manière propre de fonder la noblesse. Chez nous, c'est la possession de la prêtrise." L'un des éléments principaux qui ressortent dans les premières lignes de l'autobiographie est que Josèphe est issu d'une famille noble. Or, chez les Hébreux, la noblesse est fondée par la possession de la prêtrise. Cette autobiographie n'étant pas forcément adressée à des juifs, Flavius Josèphe ne le précise pas, mais les membres du clergé Hébreux sont appelés cohanim (cohen au singulier). Les cohanim réalisaient des sacrifices et d'autres services au Temple de Jérusalem, qui existe encore à l'époque relatée par l'écrivain dans ces lignes. Il fut en effet détruit sous Titus, en 70. Pour comprendre l'importance de ce titre de Cohen, et donc en quoi la prêtrise donne la noblesse dans le judaïsme, il faut savoir que selon la Bible, il fut accordé d'abord au propre frère de Moïse, Aaron, de la tribu des Lévi, qui fut le premier grand prêtre (Cohen gadol) de l'histoire juive. Cette tribu des Lévi est celle à laquelle Flavius Josèphe fait référence quand il parle de la "plus noble des tribus". Cette tribu avait la particularité de n'avoir aucun territoire, car dédiée au service du Temple de Jérusalem. Les cohanims se dévouaient au service divin : ils n'avaient pas de propriété terrestre et avaient droit à 24 dons aux cohanim, qui leur étaient exclusivement réservées. Ce titre a donc un lien tres étroit avec la religion hébraïque, ce qui éclaire sur la perception de l'élite dans le monde juif. N'importe qui ne pouvait d'ailleurs devenir cohen : il fallait être physiquement parfait. Celà s'explique par la connotation divine du temple qui ne tolérait pas l'imperfection. Un manque d'harmonie (disproprtion des membres, membre estropié), des problèmes aux niveau oculaire (cécité, cataracte,...), le fait de boiter, certain type de furoncles, etc pouvaient engendrer un prêtre de sa fonction. Les cohen étaient les plus purs, à tel point que pendant Yom Kippour, ils étaient les seuls a pouvoir rentrer dans certaines salles sacrées. Cette pureté était protégée par des rites de pureté rituelle stricte, édictés par la Torah. Ils n'avaient pas le droit de toucher des cadavres, d'apprendre la médecine, humaine ou vétérinaire, ou de réaliser des rites funéraire comme la tahara (purification) ou la levaya (enterrement). Il est interdit à un cohen de pénétrer dans un lieu ou un périmètre dans lequel pourrait se trouver un cadavre ou une partie de cadavre. La mort était connotée d'impureté, et il leur était même interdit de toucher quelqu'un ou un objet ayant été en contact avec un mort... Les alliances, dans la noblesse sacerdotale, était soumise à une reglemtation très stricte. Ils devaient épouser une femme "autorisée" : non divorcée, de bonne vie, et, pour le cohen Gadol, une vierge. 2. Une famille liée à la dynastie Hasmonéenne "je suis même, par ma mère, de la race royale, car les descendants d'Asmonée, ses ancêtres, furent durant une très longue période, grand-prêtres et rois de notre nation" En -587 ou -586, la Judée indépendante est soumise par le roi des Babyloniens, Nabuchodonosor II (env. 630 - 561 av. notre ère). Vers -540, le fondateur de l'Empire Perse, Cyrus II Le Grand (env. 600-529 av. notre ère), conquiert l'Empire Babylonien et transforme la Judée en province perse. Vers -332, Alexandre le Grand domine la Perse et conquiert son empire, auquel la Judée se retrouve rattachée. Après le partage de l'empire d'Alexandre, la Judée devint une province du royaume Hellénistique de Syrie, un royaume qui, bien que peuplé majoritairement de non-grecs, se considérait comme le défenseur de la culture grecque. En -175, monte sur le trône de Syrie Antochios IV Epiphane (env. 215 - 163 av. notre ère), qui a passé plusieurs années à Rome comme otage. Désireux de lutter contre la menace Romaine, il décide de faire l'unité autour de la civilisation hellenistique. Or, celà implique aussi une unité religieuse à laquelle le judaïsme fait obstacle. En -168, il soumet la judée à un régime d'occupation militaire, interdit le judaïsme et utilise le temple de Jérusalem pour des sacrifices à Zeus, tandis que des autels voués à des divinités grecques y sont édifiées. Un vieux prêtre juif, Mattathias, se distingue alors en refusant d'offrir des sacrifices aux Dieux grecs dans la ville de Modin, malgré les menaçes des troupes Syriennes. D'après le livre des Macchabés, il tue alors un juif qui allait obéir aux Syriens, avant de s'enfuir avec ses cinq enfants dans les montagnes de Judées, d'où il organisa une révolte contre le souverain de Syrie. En -166, le pretre décède, laissant la direction de la résistance à Juda Macchabée, qui s'imposa lors d'une série de bataille face aux forces Syriennes. Il reprend le temple en -165, En -163, la liberté religieuse des juifs est reconnue par les Syriens. Juda est aussi reconnu par Rome, qui signe un traité d'alliance et d'amitié. Il meurt en -161, tué lors d'une bataille contre les Syriens, près d'Elsa. Son successeur est son petit frère, Jonathan, qui, apres avoir dirigé une troupe d'insurgés, devient grand-prêtre en -152, avant d'être fait prisonnier et exécuté par un général d'Antochios VI, Triphon, en -143. A sa mort lui succeda le deuxième fils de Mattathias, Simon. En -142, il négocia avec la Syrie un traité par lequel la Judée fut reconnue comme politiquement indépendante. Il devint grand prêtre en -141 mais fut assassiné en -135. Lui succeda alors son fils cadet, Jean Hyrcan Ier, qui devint grand prêtre de Jérusalem de -134 et -104. C'est sous ce règne que vécut le premier ancetre auquel Flavius Josèphe fait référence dans son autobiographie : Simon "le Begue". A l'exception de ce que nous en dit Flavius Josèphe, notre ignorance sur cet homme est presque totale. On ignore jusqu'à ses dates. On sait simplement qu'il était vivant au moment ou Jean Hyrcan Ier était précisément grand prètre. Or ce Simon eu neuf enfants, dont un, Mathias, épousa une des filles de Jonathan Macchabée, ce qui lia les deux familles. 3. Noblesse sacerdotale et royauté dans le Judaïsme antique. Flavius Josèphe distingue donc la fonction royale et sacerdotale. Celà est normal à l'époque où il écrit, mais il faut néanmoins savoir que, pendant la période hasmonéenne, ces deux fonctions pouvaient être cumulées. Lorsque Hérode Ier le Grand prit le pouvoir en -37, il savait que ses origines lui interdisant la fonction sacerdotale. Ayant épousé la fille d'Hyrcan II, Mariamne, celle-ci en revanche pouvait revetir cette fonction. Il la confia donc au frère de celle-ci, beau et jeune artistocrate, qui devint rapidement très populaire, au point qu'Hérode le perçut comme un rival. Quand il fut retrouvé noyé, les soupçons se portèrent donc sur le roi. Celui-ci va alors s'aplliquer a dégrader le sacerdoce. D'abord, il retira leur pouvoir politique aux prêtre, réduisant leur pouvoir au temporel. Mais désormais, il confia cet honneur a des prêtres du "commun", sans hérédité, choisis pour leur docilité plus que pour leur science ou leur sagesse, et qu'il déposait selon son bon vouloir. Sous le règne de son fils, Archelaüs, qui regna sur la Judée jusqu'en 6 avant d'être déposé par Auguste, puis sous l'autorité directe des romains, la situation fut la même... Mais cette distinction ne change rien. Royale et noble, la famille de Flavius Josèphe et une grande famille de Jérusalem, dont il s'enorgueillit. Celà lui donne du prestige, a une époque ou les ancêtres avaient une grande importance dans le charisme personnel d'un homme. Un homme dit "nouveau", c'est-à-dire sans ancetre illustre, était moins considéré qu'un descendant d'une lignée d'élite, reconnue ou admirée. L'importance accordée ici à cet élement prouve néanmoins que, malgré sa réputation, Flavius Josèphe a besoin de se légitimer par une famille illustre. En effet, son choix de suivre les romains qui ont détruit le Temple l'a fait passer pour un traître auprès de son peuple. C'est pour celà aussi qu'il souligne que "Mathias, mon père, ne se distinguait pas seulement par sa noblesse; il était plus estimé encore pour sa droiture, qui lui valait un grand prestige à Jérusalem, la plus importante de nos cités." Ici, cette dynastie, dont nous n'avons de preuve que les écrits de Flavius Josèphe, semble consacrer une famille parfaite imposant un prestige qui renforce l'historien juif. Cependant quand il déclare en décrire la succession, il faut garder à l'esprit qu'à cette époque les lignages étaient maintenus avec une grande application, ce qui est moins effectif de nos jours. Ces lignages étaient retraçables grace à la rigoureuse tenue des archives. Pour les plus grands prêtres, les généalogies pouvaient être retracées jusqu'à deux mille ans selon les dires de l'écrivain. * II - Un enfant à la hauteur de son illustre famille 1. L'enseignement de Flavius Josèphe L'enseignement que recevaient les étudiants juifs de l'époque était essentiellement religieux. La Torah étant le fondement du judaïsme, il est normal qu'il soit la base de l'enseignement. Car seul un livre divin peut enseigner au juif le vrai savoir, la vraie connaissance qui le guidera dans le bon chemin de la vie. Elle lui enseigne, à travers cinq livres, l'Histoire de l'humanité, puis d'Israël, depuis la création du monde jusqu'à la mort de Moïse. Ces cinq livres sont : la génèse, l'exode, Lévitique, Nombres, Deutéronomes. De ces cinq livres, Flavius Josèphe est sensé tirer un code moral, socio-culturel, politique et religieux sur lequel il devra s'appuyer. Rien, en revanches, ne concernait les sciences exactes et biologiques : ces sciences étaient évincées de l'enseignement juif de l'époque, ce qui leur valaient d'être méprisé réciproquement par les Grecs. On a peu d'éléments sur le système scolaire de Judée au Ier siècle de notre ère, mais il n'y avait aucune coupure entre la famille, la synagogue et l'école. Dès son enfance, le jeune juif était formé à la pratique religieuse par sa famille. Le rôle du père, fondamental, est de lui enseigner la Torah. Celà s'explique par l'absence, à cette période, d'une école primaire qui ne fait son apparition qu'à l'initiative de Jésus ou Josué, fils de Gamala, contemporain de Flavius Josèphe d'après les écrits. Il est certain que Flavius Josèphe n'a pas reçu cet enseignement primaire démocratisé dont il semble qu'il apparaitra de son vivant. Celà sera compensé par la présence d'un precepteur qui soutint l'éducation paternelle. "mes grands progrès dans les études me valaient une réputation de mémoire et d'intelligence supérieure" En effet, chaque étape de l'enseignement sollicitait de façon important une mémoire qui prenait une dimension particulière dans cet enseignement. La mémoire intervenait d'abord dans la transmission de la lecture correcte de la Bible, car les textes dont on disposaient s'écrivaient alors sans voyelles, dont l'apparition est tardive. Or un texte sans voyelle doit s'appuyer sur une tradition orale bien établie et qu'il faut assimiler avec rigueur pour ne point risquer les lectures plurielles du livre sacré en divers endroits. Le premier maître de l'enfant lui enseignait la tradition orale de la lecture de la Bible en lui faisait répeter le texte à haute voix, et favorisait ainsi la mémorisation. Quant au septième jour, les lectures synagogales qui étaient effectives étaient également destinées à ancrer la parole divine dans les esprits.
2. Un enfant doué C'est à cet exercice, notamment, que Flavius Josèphe excelle, et maîtrise rapidement les cinq livres de la Torah. Il se revele rapidement que sa connaissance des lois impressionne les plus anciens, et ce dès un age tres avancé. "N'étant encore qu'au sortir de l'enfance, vers la quatorzième année, tout le monde me félicitait pour mon amour de l'étude" Cette phrase renvoie à une étape marquante dans la vie du jeune juif. En effet, il faut savoir que dans le Judaïsme, on quitte l'enfance à l'age de treize ans, quand il atteint la puberté. Alors que les enfants sont dispensé de certaines règles, car on estime qu'ils ne sont pas apte a les comprendre, désormais Flavius Josèphe est tenu de respecter les commandements divins et est accepté parmi les adultes en tant que tel, avec tout ce que celà implique. Mais josèphe est si doué, qu'il n'est pas seulement traité comme un égal par les siens, mais comme un maître. "[...] continuellement les grands prêtres et les notables de la cité venaient me voir pour apprendre de moi tel point ou tel point plus particulier de nos lois". Interrogé tel un docteur a quatorze ans, Flavius Josèphe est à la hauteur de la digne famille dont il affirme descendre. Cela prouve également que dans cette société antique ou l'expérience et la sagesse religieuse qu'impliquait, dans les mentalités, une certaine ancienneté, pouvaient se distnguer les plus jeunes quand ils se revelaient brillant. Ayant atteint un niveau satisfaisant, Flavius pouvait désormais reflechir a un point dominant auquel il allait etre confronté désormais : son choix spirituel * III - Les choix spirituels 1. Flavius Josèphe face au choix spirituel "Environ mes seize ans, je voulus faire expérience des divers tendances qui existent chez nous. Il y en a trois : la première, celle des pharisiens, la seconde, celle des Saducéens, la troisième, celle des Esséniens"
Interessons nous à ces trois courants. Il semble qu'ils soient apparus au IIe siècle, mais l'hypothese d'une apparition au IIIe siecle a aussi été envisagée, notamment par Mireille Hadas-Lebel. D'abord, le courant Sadducéen. Il semble qu'il soit apparu au IIe siècle avant notre ère. Ils occupaient une place prépondérante au sein du clergé séculier et de la classe politique de l'époque. Une partie d'entre eux participa à l'administration de la Judée romaine. Pourtant, au moment ou écrit Flavius Josèphe, ce courant est nettement en perte de vitesse. Conservateur à tous les niveaux, le Sadducéisme recrutait ses adeptes dans l'aristocratie sacerdotale et refusait toute croyance issue d'une autre source que la Tora. A propos des Sadducéens, il leur reconnaît l'affirmation de la liberté de l'homme, mais leur reproche un comportement social dicté sans doute par leur préjugé de caste, ainsi qu'une sévérité dans le domaine de la justice trop radicale. Les sources parlant des saducéens sont ne permettent cependant pas une connaissance objective de ce groupe, qui ne nous ai connu que par ses adversaires.
2. La tentation Essenienne "Au prix d'une austère application, et d'un labeur considérable, je passai par toutes les trois." La communauté juive des Essenien a d'abord vu ses principaux groupes s'établirent sur les cotes de la mer morte. Des trois communautés, c'est celle qui ressemble le plus au concept de secte.Nous savons peu de choses sur eux. Le peu que nous en savons nous vient de Philon d'Alexandrie dit le juif, un philosophe de langue grecque qui a vécu sous les Julio-claudiens (- 20 - + 50), de Pline l'ancien et, evidemment, de Flavius josèphe. Organisés en communautés pratiquant un ascétisme rigoureux, les esséniens purent compter environ quatre mille membres à travers la Palestine, l'Égypte et la Syrie. Ils vivaient regroupés en petites communautés autonomes et pratiquaient l'agriculture et l'artisanat. La communauté se caractérisait aussi par la mise en commun de tous les biens (répartis selon les besoins), une stricte observance du shabbat ainsi que de la pureté rituelle (impliquant les bains à l'eau froide et le port de vêtements blancs). Il était interdit de jurer, de prêter serment (sinon celui d'entrée dans la communauté essénienne), de sacrifier des animaux, de fabriquer des armes, de pratiquer les affaires ou un commerce. La communauté recrutait ses adeptes parmi des enfants qu'elle adoptait ou parmi ceux qui désiraient renoncer aux biens matériels. Un noviciat de trois ans s'imposait avant de prononcer le serment solennel d'adhésion, lequel requérait obéissance et secret absolus. Rompre son serment entraînait l'expulsion : en raison de l'obligation de manger exclusivement une nourriture rituellement purifiée, cette expulsion revenait souvent à manger de l'herbe avant de mourir de faim Il existait des groupes d'Esseniens dans toute la Judée. Peu importe celui ou Flavius s'est présenté, il du se soumettre au trois années de postulat - d'ou sa connaissance précise du groupe. La première année, il s'appliqua a imiter leur genre de vie, avec "l'austère application" dont il parle. que ce soit culinaire ou vestimentaire - pagne de bain pour les bains rituels. L'admiration de josèphe pour ces Esseniens n'est plus contesté. La tentation de les choisir fut réelle. Mais la suite de l'autobiographie montrera que la rigueur de l'ascetisme exigé et des serments qu'il qualifie de "terrible" le fera reculer. 3. Le choix des Pharisien. Le pharisaïsme est le courant auquel Flavius josèphe accorde la priorité. Il est vrai que c'est le groupe le plus nombreux, et celui qui avait le plus d'emprise sur le peuple. Ils recrutaient leurs partisans parmi les hommes pieux du peuple et se distinguaient par une observation rigoureuse de la loi qui les aurait amenés à chercher à se séparer des autres Juifs. Car au delà de la simple conduite morale, se cachait la crainte face aux influences étrangères de tout bord, y compris celle des Grecs, qui menaçaient de contrecarrer la religion sacrée de leurs pères. Porteurs d'une tradition, leur enseignement porte la Torah orale et la résurrection des morts. "Jugeant même insuffisante l'expérience que j'en avais tirée, quand j'entendis parlé d'un certain Bannous qui vivait au desert, se contentait pour vêtement de ce que lui fournissait les arbres, et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément, et usait de fréquentes ablutions d'eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté, je me fis son disciple." En effet, aprés avoir observé et imité les trois groupes religieux. A seize ans, il le rejoint et partage son mode de vie, dont l'ascetisme est pourtant encore plus rigoureux que celui des Esseniens. Bannous était un anachorete qu'on ne connait que par Flavius Josèphe. Il tendait tous ses efforts vers la pureté, symbolisées par les ablutions auxquelles il se livrait. On retrouve ici l'un des thèmes du Judaïsme antique : l'appel du desert. Le Desert est un tres fort symbole dans la religion juive. C'est là ou les juifs sortis d'Egyptes ont errés quarante ans. C'est là que Moïse a vu Yahvé. Celui ou Elie perçoit le tout-puissant. "Après trois ans passés auprès de lui, ayant accomplis ce que je désirais, je revins dans ma cité. Âgé alors de dix-neuf ans, je commençais à me conduire en suivant les principes de la secte des Pharisiens, qui présente des ressemblances avec ce que les Grecs appellent l'école du Portique." Le choix de Flavius Josèphe se porta donc vers les Pharisiens. On peut s'interroger sur les raisons de ce choix. Certes, on l'a dit, ce sont les plus influents, mais ça ne suffit pas. Leur ressemblance avec le stoïcisme que "les Grecs appellent l'école du Portique", fondé par Zénon de Citium (335 - 262 avant notre ère) au IIIe siècle avant J.C., a sans doute jouer un rôle décisif. De la même façon, le juif de Rome a dût être largement influencé par la réputation qui voulait que le pharisaïsme soit le courant de la connaissance. Pour un érudit comme Flavius josèphe, ceci leur donnait une dimension attractive non negligeable. Pour un eleve aussi brillant, celà avait un impact réel car il du avoir le sentiment que ce serait dans ce groupe que sa formation serait la plus efficace, que ce serait parmi eux qu'il trouverait des maitres capables de le faire passer a un niveau encore supérieur. Leurs compétences à suivre les prescriptions de la Torah étaient largement reconnus. Les Sadducéens eux-mêmes étaient obligés de suivre leur courant quand ils officiaient dans le temple. De plus, Flavius josèphe sera attiré par certaines croyances pharisiennes, notamment concernant l'immortalité de l'âme ou la liberté de l'homme. Enfin, on peut également expliquer l'attrait pharisien par leur réputation d'être d'un abord facile et affable. * ** Quel est l'enjeu de cet éloge rédigé au début de son autobiographie, et adressé à sa famille, comme à lui-même. Il semble évident que derrière celui-ci, se cache un besoin de se justifier. Car si Flavius Josèphe est bien vu à Rome, il l'est beaucoup moins auprès de son peuple, qui le considère comme un traître car il s'est rallié à ceux qui ont détruit le Temple. Ainsi, définir la dimension illustre de sa famille sert à rappeler combien il est lié aux plus grands noms de l'histoire juive. Rappeler le brillant élève qu'il a été sert à souligner son aptitude à assimiler la Torah, et sa connaissance du livre saint. Enfin, de son choix religieux, il ressort qu'il a été fait en totale connaissance de cause, et après une réflexion de plusieurs années. |