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puce Samori et les Européens : le choc de deux impérialismes (le 27/01/2007 à 15h45)


Samori Touré

(article dédié à Maryam)

Au XIX° siècle, les partisans de la colonisation présentèrent l'arrivée des européens en Afrique comme une oeuvre civilisatrice, qui devait permettre d'apporter progrès et culture aux races inférieures. Certains journaux dépeignaient la conquête de l'Afrique comme la prise en main de terres vierges; terres que les Africains ne pouvaient mettre en valeur du fait de leur inorganisation et de leur arriération. Mais la réalité de la conquête fut tout autre: les européens arrivèrent au sein de sociétés très anciennes et firent face à de nombreuses résistances.  La colonisation française de l'Afrique occidentale ne fut pas une progression fulgurante du littoral vers l'intérieur des terres. Comme nous l'avons vu, longtemps les français demeurèrent dans les comptoirs, comme Saint Louis, qu'ils avaient implanté le long des côtes à l'embouchure du fleuve Sénégal. L'extension en direction de l'hinterland puis vers le fleuve Niger ne résulta plus d'une série d'initiatives militaires locales que d'une politique planifiée par la métropole, cependant sans le soutien tacite de celle-ci, les différentes entreprises locales auraient avorté. La colonisation français heurta en 1881 un autre impérialisme naissant: l'empire Dyula de Samori Touré alors en pleine expansion. Bien qu'ils se sousestimèrent mutuellement dans un premier temps , l'affrontement était inévitable: l'arrivée des français contrariait les projets de Samori  qui commençait à étendre son empire hors de son bassin culturel et l'édification  du Soudan français était impossible sans la mise en tutelle de l'ensemble des forces politiques locales.
Notre problèmatique sera donc la suivante: comment expliquer l'édification rapide de l'Empire Samorien et sa chute face à l'impérialisme français?
Nous étudierons dans un premier temps la politique mis en oeuvre par Samori pour édifier son empire, ensuite nous en analyserons les fondements et l'organisation , puis  nous chercherons à comprendre comment il se décomposa après une brève apogée.           

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I)    La construction de l'empire Samorien: une révolution dyula

A)  Un empire en devenir longtemps lié aux Kamaramais qui prend son indépendance

Samori naquit en 1830 dans le village de Miniambaladougou dans la région du Konya qui se trouve dans l'actuelle Guinée, fils d'un colporteur Malinké, LaafiyaTuré et d'une mère issue de l'ethnie des Kamara. Il fut élévé dans un foyer animiste et devint rapidement un dyula c'est à dire un commerçant itinérant, en se livrant au trafic d'esclaves , de bétail , de sel et de kolas. Afin de faciliter son commerce il adopta la confession musulman, car c'était la religion de tous les commerçants peuls et  maures avec lesquels il traitait. De plus il est possible qu'il était séduit par la vocation universaliste de cette religion bien différent de l'animisme dans lequel il avait été élevé. Suite à la capture de sa mère par le clan des Cissés vers 1850, Samori entra à leur service afin d'obtenir sa libération.  Il s'engage ensuite dans le l'armée des Bérété rivaux des Cissés. C'est au cours de cette période qu'il developpa son sens de la stratégie. Il se fit remarqué par son tempérament téméraire, qui lui coûta de nombreux revers. En 1860 il se retrouva proscrit, ruiné et haï par ses anciens maîtres, il retourna alors dans sa région natale le Konya auprès des Kamara auxquels il était lié par sa mère. Ceux-ci étaient alors en lutte contre les Bérété qui cherchaient à islamiser de force leurs empires ceux à quoi les groupes animistes comme les Kamara s'opposaient. Les Kamara manquaient de science militaire et d'armes à feu et  ne pouvaient seuls s'opposer à la fois aux Cissés et Bérété, Samori comprit alors le parti qu'il pouvait tirer de la situation. Il est significatif qu'il prit le parti d'organiser des populations animistes contre des groupes musulmans auxquels il ne se sentait nullement lié malgré leurs confessions mutuelles. Il s'installa à Dyala, position stratégique, en site montagnard à proximité des régions de Fandugu et Sanankoro. A la fin de l'année 1861, il y organisa une rencontre avec les principaux notables Kamara où il tint un discours hostile aux musulmans. Il se lia aux Kamara par un serment mutuel , fortifia Dyala en édifiant un sanyé qui devint sa base et obtint le titre de Kérétigi. Ce titre guerrier ne signifiait pas la soumission des kamara mais un partenariat réciproque : certes Samori pouvait lever des troupes locales (kari) mais il ne pouvait pas se passer de l'autorisation et du soutien des chefs Kamara, qui appellaient ses « oncles » comme le voulait la tradition. Cependant ce serment de Dyala marque le début de l'édification de l'empire Samorien. Rapidement Samori mena des raids de plus en plus audacieux, étendant les territoires sous son contrôle, le fait qu'il s'en prit aussi bien à des musulmans qu'à des animistes inquièta ses « oncles ». Cependant Samori eut la ruse de ne jamais rompre les accords qu'il avait passé avec eux, il leur offrit une partie du butin et impliqua leurs fils dans ses expéditions.  
 
B) Un empire dyula

Progressivement Samori étendit son pouvoir, comme nous l'avons dit il ne rompit pas avec ses oncles, cependant il délaissa vite le titre de Kélégiti pour celui de Murutigi, qui signifie « maître du sabre » puis exigea celui de Faama (« seigneur de guerre » dénué e tout esprit de vassalité à la différence de Kérétigi) à partir de 1867. Son empire, qu'il étendit par conquêtes successives était profondément marqué par sa mentalité dyula et par sa double culture animiste et musulman.
La construction de l'empire Samorien fut qualifiée à postériri de « révolution dyula », car il s'agissait en grande partie d'une construction empirique qui se complexifiait au fil des conquêtes. Samori était d'abord un marchand aussi son empire s'étendit en suivant les routes commerciales, taxant les colporteurs , imposant les villes et cherchant à obtenir le contrôle des principaux centres économiques. Son empire n'avait d'ailleurs pas de centre administratif fixe. Il changea plusieurs fois de capitales, après ses premiers succès il évacua rapidement  Dyala pour Sanankoro dans la plaine du Milo, puis il s'installa à Bisandugu, avant de prendre progressivement en main le grand centre commerciale et religieux de Kankan.  Samori se déplaçait en permanence avec l'ensemble de sa Cour: celles-ci étaient composée autant d'animistes que de musulmans. Cependant ces membres avaient en commun d'êtres des « hommes de caste », c'est à dire qu'ils n'appartenaient pas aux lignages nobles. Il y avait très peu de lettrés y compris par les musulmans: Yves Person ne recense parmi eux qu'un seul individu de rang maraboutique à même de comprendre le Coran. Les membres de la Cour de Samori et ses différents kélégiti étaient souvent des frères, des beaux frères ou des amis de la prmière heure. Samori lui même était issu de bas lignages mais cela n'explique pas tout. Le fait qu'il privilégia les gens de caste s'explique aussi par le fait qu'il voulait être assuré de leur fidélité. En effet si leur fortune  dépendaient uniquement des succès de Samori ,  ses partisans ne risquaient pas de le trahir. L'Empire Samorien  avait donc vocation à contrôler une vase zone commerciale et pour cela il dût se dôter d'un fonctionnement militaire également révolutionnaire.

C)    Un empire militaire

Nous avons évoqué précedament les kari qui regroupaient les troupes régionales. Traditionellement ces kari étaient placés sous l'autorité de kérétigi tenaient leur autorité  des chefs traditionnels: les Masa. Très tôt, Samori organisa ses troupes en Bolo, un nouveau type d'unité différent des Kari qui devait empêcher que ses « oncles » puissent exercer un contrôle sur ses troupes. Aux débuts de ces conquêtes, Samori controlait personellement ses troupes mais alors que son empire prenait de l'ampleur, il dut déléguer son autorité miltaire  afin de se consacrer à ces tâches de chef d'état puis après la prise de Kankan à son instruction religieuse qui lui tenait à coeur. Les Kérétigi à qui il confiait ses troupes étaient des membres de sa familles, ses frères puis ses fils. Soucieux d'exercer une bonne maîtrise du territoire, il s'appliqua à implanter des forts et des garnisons après chaque conquête. Samori avait conscience que pour s'imoposer, il lui fallait des armes et tactiques modernes. Il se livra donc aussi bien avec les européens qu'avec les maures au commerce des hommes et des chevaux. Il put ainsi organisait des corps de cavalerie et des troupes de choc équipées de fusils à plusieurs  coups. Lorsqu'il eut à affronter les français il mit également en place des ateliers où étaient réparer les armes à feu et où l'on confectionnait des bombes et des balles. Samori afin de tirer le meilleur parti de ces armes nouvelles révolutionna l'art de la guerre africain qui reposait sur les razzias , les attaques de nuit et les charges frontales. Lors des affrontements il dispersait ses troupes et cherchait à éviter les corps à corps, lorsqu'il s'agissait de ravager des cultures ou de poursuivre des ennemis en déroute , il envoyait sa cavalerie. La guerre continue qu'il mena contre ses rivaux Cissé, Hubbu, puis Toucouleurs fut une guerre de sièges. A chaque fois qu'il assiègeait une ville, il s'assurait d'abord de l'encercler  puis de l'isoler en batissant   des sanyé. Souvent les cités cédaient face à la famine. Le territoire était organisé en différentes circonscriptions militaires variant selon la situation militaires, car il s'agissait de créations empiriques. A partir de 1870 dans les régions sur lesquelles Samori ne pouvait exercer de contrôle direct, il nommait des gouverneurs militaires (en général des frères ou d'anciens ennemis qui avaient leur soumission), ces gouverneurs avaient autorité aussi bien  sur les troupes locales que sur les taxes et les péages. L'empire disposait également d'une réserve constituée des meilleures troupes: le Foroba. Le Foroba se confondait à l'origine avec l'Armée personnelle de Samori, cette armée n'avait aucune autre tâche que militaire et dépendait du noyau central de l'empire. D'abord sous la responsabilité d'un seul Kélétigi, il fut divisé sous l'autorité de plusieurs commandants, afin d'empecher les trahisons. Le Foroba avait pour mission de se porter partout où la situation militaire l'exigeait , ses magasins et ses arsenaux demeuraient toujours auprès de Samori afin qu'il puisse en garder le contrôle.

Jusqu à la fin de son existence, l'empire de Samori resta un état militaire articulé avant tout autour des grands pôles commerciaux de l'Afrique occidentale, cependant il imposa à la société africaine traditionnelle de nombreuses mutations. Malgré un certain niveau de décentralisation, bien des similitudes rapprochaient le système d'état de Samori de celui des européens. 

*

II)    Les fondements et l'organisation de l'empire

A) Une organisation verticale révolutionnaire

Le territoire africain était traditionellement organisé de manière horizontale. Les principaux cadres politiques étaient les kafu, petites unités teritoriales s'articulant en général autour d'une ville principale et surlesquelles régnaient des Masa, chefs bénéficiant d'un pouvoir politique et religieux lorsqu'ils s'agissaient de kafus animistes. Samori souhait rompre avec ces pratiques afin de s'assurer un pouvoir personnel  sur l'ensemble du territoire qu'il contrôlait, cependant il avait conscience  qu'il ne pouvait faire une croix sur l'esemble des chefferies traditionnelles s'en déclencher une hostilité générale. Une telle orientation aurait d'ailleurs nécessité la déportation des populations hors de leurs cadres vie traditionelles et religieux ainsi que l'exécution de l'ensemble des Masa et de leurs fils. Son génie fut de parvenir à bâtir un système d'autorité verticale à partir des kafu. Les français sousestimèrent largement la compexité de cet ensemble. Si Samori laissait les kafu en place il s'attacha à leur imposer un contrôle constant.  Afin de substituer son autorité à celle des Masa , il devait en faire des agents et pour cela il eut recours à une coutume traditionnelle employée aussi bien par les animistes que les musulmans: le « dègè mi ». Le dègè est un plat qui servait couramment de provision de route, il s'agissait d'un mélange de farine de mil, de riz et delait fermenté. Afin qu'il revête un caractère rituel,  on y ajoutait du nasi, c'est à dire de l'eau provenant du lavage d'une tablette de versets coraniques. La consistance du dège variait il pouvait être manger sous forme de boulettes ou bu. La cérémonie avait lieu entre Samori et le Masa qui lui faisait sa soumission. Ce dernier prononçait la formule rituelle « que le dègè me tue si je trahis ». Il était ainsi lié à Samori. La cérémonie pouvait prendre différents sens si il s'agissait d'un vaincu à qui Samori avait fait grâce ou d'un chef mineur, il s'agissait d'une soumission mais si il s'agissait d'un chef puissant , il fallait y voir non une soumission mais une alliance entre deu parties égales. Lors de cette Cérmonie, Samori proclamait le taux de prestations et les soutiens militaires qu'il attendait d'eux. La rupture du contrat justifiait les pires représailles. Le contrat était entériné par des présents réciproques: Samori offrait une tunique brodée (le doroké) et laissait sur place une sorte de commissaire politique ( le dugukunnasigi) chargé de  surveiller le nouveau vassal. Il significatif que Samori traitait de manière égale les chefs musulmans et les animistes bien qu'il lui arriva de contrater une alliance avec des chefs de villages  musulmans faisant partie de kafu animistes, leur donnant ainsi une autonomie vis à vis des chefs animistes.
 
B) Un gouvernement  efficace

Penchons nous à présent sur le gouvernement de Samori. Gallieni qui avait été frappé par le caractère absolu du pouvoir de Samori et estimait qu'en conséquence son empire était fragile. Le gouvernement de Samori rappellait pourtant les gouvernements occidentaux de par son  fonctionnement. Samori était en effet entouré d'un conseil. Celui-ci n'avait pas été décrété par le Faama du jour au lendemain, comme le reste de l'empire, il s'agissait d'une construction empirique. L'immensité des conquêtes avait complexifié ses rouages, entrainant une multiplication des conseillers et un certain degré de spécialisation de chacun d'eux. Alors que Samori était basé à Sanankoro, Samori ne disposait pas encore d'un véritable conseil dont il aurait nommer les membres. Il était soumis à ses « oncles » et à leurs conseils. C'est à partir de 1868, alors que Samori s'employait à organiser méthodiquement les institutions de son empire, qu'émergea un véritable conseil: le laadiliba-dyé. Il ne s'agissait bien sûr pas d'un organe de contrôle auquel Samori aurait eu des comptes à rendre. Son but exclusif était d'éclairer le souverain. Ces membres étaient nommés par Samori qui choisissait parmi ses partisans ceux qu'il jugeait les plus inteligent où qui disposait de  connaissances particulières. Entre l'établissement de Samori à Bisandugu et à sa conquête de Kankan, le conseil était composé de sept membres. Aucun n'était issu de lignées nobles et cela déplosait naturellement au soutien Kamara de Samori. La spécialisation des membres semblent avoir été esquissée très tôt: il n'y avait pas de spécialiste militaire et aucun des conseilles ne disposait de commandement , il existait en revanche un trésorier en chef, un secrétaire et une « sorte de ministre des renseignements » chargé de surveiller les individus et de découvrir les espions. Après la prise de Kankan,  Samori entendait désormais fondé son pouvoir non sur la force mais sur le droit musulman. Il prit d'ailleurs le titre d'Almani ce qui signifie commandeur des croyants. Samori refonda entièrement son conseil: il passa de sept à douze membres dont beaucoup de lettrés musulmans ou des marabouts. Mais comme les membres du premier conseil il s'agissait de gens de caste. Ce nouveau conseil ressemblait encore plus à une assemblée de ministres. Samori ne se contentait pas d'écouter leurs conseils, il leur déléguait également son pouvoir dans des domaines bien précis: ainsi il existait un conseiller chargé de la police, un autre de la justice ( il s'agissait bien sûr d'un marabout à même d'interpréter le Coran ). Il existait même un conseiller en matière de relations extérieurs qui comprenait l'anglais et maîtrisait un peu le Français. Chacun de conseillers résidait à proximité de l'Almani afin d'être toujours disponibles et touchait un salaire.     

C) L'administration locale

Samori ne souhaitait donc pas détruire les anciennes structures, il souhait au contraire s'appuyer sur elles afin que son empire apparaisse comme respectueux des traditions. La manière dont il organisa son empire aux échellons locaux était particulièrement astucieuse: nousa vons déjà évoquer les dugukunnasigi que Samori installait auprès de chaque chef coutumier. Ces agents de l'empire étaient organisés en réseau. Leur recrutement  était assez homogène: il s'agissait en général de jeunes gens nommés parfois par Samori en personne mais plus souvent car le kélétigi local. Il disposait d'une petite troupe de 5 à 10 soldats de seconde mains, il était chargé de la police et de la collecte des  impôts. Son pouvoir était fort mais il était tempéré par la présence du kélégiti qui était le véritable chef militaire de la région et par le voisinage de marabouts officiels qui dépendait Samori en personne.

Samori était  donc parvenu à créer un empire relativement cohérent, en s'appuyant sur les structures héritées du passé qu'il réutilisait. Cependant son empire avait certaines faiblesses: il avait été construit par la force des armes et beaucoup de groupes soumis conservaient une certaine rancoeur à l'égard de l'Almani. De plus il groupait en son sein deux groupes religieux antagonistes. Enfin la manière dont  devait se faire la succession de Samori n'était pas clairement établie. L'arrivée des blancs ne laissait pas le temps à Samori de remedier à ces faiblesses.

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III)    Apogée et déclin

A) Les contacts avec les européens

Avant de s'opposer l'un à l'autre, les deux impérialismes s'étaient longtemps mutuellement mésestimés. Samori connaissait les blancs, il commerçait d'ailleurs aussi bien avec les commerçants français qu'avec les Anglais basés à Freetown afin de se fournir en armes à feu et en chevaux. Il n'était pas hostile à l'idée de traiter avec eux mais il ne réalisa que tardivement la puissance et l'organisation des français. Ceux-ci  dans leur extesion du Sénégal vers le Niger avaient longtemps considéré que leur principale opposant était l'empire musulman Toucouleur dirigé par Amadou, le fils d'El Hadj Omar. C'est seulement à partir de 1877 que Gallieni entendit vaguement parlé de Samori, alors que celui-ci était en guerre contre les Toucouleurs. Les militaires français crurent d'abord pouvoir s'allier à Samori contre Amadou. Le colonel Borgnis-Desbordes envoya d'ailleurs le capitaine Monségur comme émissaire auprès de Samori. Mais l'Almani refusa de se soumettre aux français. Borgnis- Desbordes affirma alors qu'il représentait un danger pour la paix sur le Niger. Prenant prétexte de la destruction par Samori de la ville de Kényéra avec laquelle il avait passé peu de temps auparavant un protectorat, il entra officiellement en guerre contre l'empire samorien. 

B) La tentative d'islamisation de l'empire

Nous allons donc à présent être amené à étudier la brève phase d'islamisation de l'empire samorien, car celle-ci découle en grande part de l'entrée des français dans le jeu régional. L'Empire existait depuis 1861, nous avons vu qu'il reposait sur un large consensus entre musulmans et animistes. Mais nous avons également vu qu'après la prise de Kankan, Samori avait entièrement refondé son conseil en s'entourant de marabouts et de lettrés musulmans. Sous leur influence, il accorda plus d'importance à l'Islam en tant que système politique, il prit comme nous l'avons dit le titre d'Almani en 1884 et se lança dans une étude appronfondie de la religion de Mahomet et plus particulièrement de la philosophie Qadiriyya, courant mysthique élitiste proche du soufisme qui était apparue à Bagdad au XII° siècle et s'était bien implanté en Afrique du Nord puis en Afrique occidentale par le biais des marchands maures.
Samori entreprit donc d'islamiser son empire exigent l'application de la Charia et invitant les populations animistes à se convertir. Ces décisions heurtèrent particulièrement ses « oncles » kamaa dont il sollicita la conversion; son propre père se désolidarisa de lui. Samori entendait appliquer les ordonnaces du Corand ans tous les domaines à commencer par sa propre famille, il annonca donc qu'à sa mort il transmettrait son pouvoir à l'un de ses fils et non à l'ainé de ses frères comme le voulaient les usages animistes traditionnels. S'estimant bien mal rétribuer pour leur soutien, ces frères entrèrent également en opposition. Cependant il n'y eut pas de sécession et Samori en modérant ces premières exigences à garder le soutien de ces « oncles » et de ses frères. La décison de Samori ne s'explique pas uniquement par ses nouveraux liens avec les religieux de Kankan: comprenant le danger que représentait les français pour son empire, il avait sans doutes espérer trouver dans l'Islam un facteur de cohésion. Hélas l'effet fut inverse.  

C) La fuite vers l'est et la refondation de l'empire

Face à l'avancée des français dans son empire, Samori signa avec eux  une série de traités en 1886 et 1889, mais seules les clauses favorables aux blancs étaient appliqués. Il entreprit alors de jouer des rivalités franco-britaniques en signant un protectorat avec les anglais de Freetown, ce qui ne fit qu'agraver l'hostilité des français. Samori fut contraint de céder de plus en plus de terrain. C'est alors que les effets de sa politique d'islamisation se firent sentir: exaspérés par les guerres incessantes et la destruction de leurs cadres religieux, de nombreuses populations animistes de l'empire entrèrent en rebellion ouverte contre Samori entre 1888 et 1889. Il est courant de nommer cette grande insurection populaire la « guerre du refus ». Cette révolte ne renversa pas l'Almani mais fragilisa encore plus son pouvoir. Après avoir réprimé l'insurrection, il lanca comme l'avait fait avant lui El Hadj Omar un vaste mouvement  de repli vers l'est, que certains marabouts comparairent à l'Hégire. Il entreprit de refonder, à partir de 1892, un second au Nord de l'actuelle côte d'ivoire. Dsiposant de moins de moyens il mit en place une structure moins centralisée que la précédente où les gouverneurs militaires disposaient d'une plus grande autonomie. Cette création dura jusqu'en 1898, dâte à laquelle samori fut capturé par surprise et contraint de se rendre. Il mourut en déportation au Gabon en 1900.

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Le personnage de Samori est une figure historique qui divise beaucoup les africains d'aujourd'hui: héroïque réformateur  pour les guinéens et les sénégalais, despote détestable pour les burkinés. Il est néanmoins reconnu comme un héros de la résistance au colonialisme. Son empire ne fut pas le premier empire africain: il y avait eu de nombreux précédents comme le Fouta-Djalon  et le Fouta-Toro peuls ou encore'El Hadj Omar. Mais à la différence des ces empires celui de Samori n'était pas  issu d'un djihad malgré la tentation islamiste qui marqua la fin de son règne. Samori avait su innover et créer des structures afircaines modernes. Mais cet empire ne put s'établir durablement en raison de l'arrivée des Français. Si ceux-ci souvaient une logique de domination qui leur était propre, nous devons néanmoins souligner qu'ils s'inspirèrent largement des idées de Samori dans la construction de leur colonie, s'appuyant également sur les cadres traditionnels des Kafu et recruta de nombreuses troupes indigènes.

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