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puce Les relations entre les Etats d'Afrique noire et l'Union soviétique (le 23/05/2007 à 23h40)

Le drapeau de l'URSS

A la différence des autres grandes puissances européennes, la Russie tsariste n'était pas parvenue à prendre pied sur le continent africain et s'y tailler un empire colonial. Cet échec peut s'expliquer en partie par le fait que ses accès vers la  Méditerranée et l'Océan Indien étaient  restreints. De plus, les souverains russes devaient en priorité s'assurer le contrôle de leur immense empire. Les révoltes y étaient en effet monnaie courante. A celà s'ajoutaient les rivalités qui opposaient la Russie à ses voisins chinois, polonais, turques et finlandais. Pourtant les Russes avaient très tôt manifesté de l'intérêt pour le continent noir. En effet dès 1786, l'explorateur Kolovtzev publia le récit de son voyage à travers l'Algérie et la Tunisie. Ces différents ouvrages sur le Maghreb constituèrent un apport sans précédent à la connaissance de l'Afrique. Tout au long du XIX° siècle, divers géologues, scientifiques et membres de la société russe de géographie se rendirent en Afrique. Ils publièrent plusieurs travaux et participèrent même à des congrès internationaux. Au cours du XX° siècle des scientifiques russes tels que Bogomolov, Jabriev ou Poustovalov publièrent de nombreux ouvrages sur l'Afrique.
La révolution bolchevique donna un nouvel élan aux recherches consacrées à l'Afrique, surtout à partir de 1919, date de la création de la III° internationale. Dès lors le travail des chercheurs fut rythmé par les impératifs de la politique interne et internationale de l'URSS. C'est au cours de la guerre froide que la Russie soviétique put véritablement jouer un rôle majeur en Afrique noire.
Quel bilan pouvons nous faire des moyens employés par les soviétiques afin de nouer des liens avec l'Afrique noire?
 Nous verrons tout d'abord  que les relations  diplomatiques de l'URSS avec les pays d'Afrique noire, du fait de leur entière subordination à la politique internationale du Kremlin, connurent diverses discontinuités et contradictions. Nous constaterons ensuite que si les soviétiques surent mettre à profit la Guerre froide pour développer leur influence en Afrique noire, ils durent égalemment faire face à la concurrence d'autres blocs politiques. Enfin nous soulignerons les  nombreux écarts entre théorie et pratique qui marquèrent les rapports entre soviétiques et africains.

*

I Les doctrines africaines des différents régimes soviétiques

A) L'internationalisme pragmatique et ambitieux de Lénine

En octobtre 1917, les bolchéviks menés par Lénine et Trotsky prirent le pouvoir en renversant le gouvernement de Kerensky. Lénine et ses partisans espèraient que d'autres révolutions communistes éclateraient  dans le reste de l'Europe permettant à la jeune république soviétique de sortir de son isolement. Mais les différentes tentatives échouèrent. En janvier 1919, le soulèvement spartakiste berlinois fut écrasé dans le sang. Le même scénario se reproduisit en Finlande et en Autriche. Les bolchéviks reportèrent alors leurs espoirs sur le monde colonial en Asie et en Afrique. En juillet 1920 se tint à Bakou le second congrès de l'Internationale communiste fondée en mars 1919. Lénine y prononça un discours dans lequel il affirmait que la véritable cause de la Grande Guerre Mondiale était la rivalité entre les différentes puissances coloniales. Il s'exclama: « On a fait cette guerre pour savoir lequel des deux empires, le britannique ou l'allemand, aurait le droit de piller, de pressurer et d'exploiter le monde entier. Et vous savez que la guerre décida en faveur des Britanniques! »
Il dénonça la jeune SDN comme une « police d'assurance garantissant aux pays vainqueurs leur butin respectif ». Face à ces tentatives de division des peuples colonisés, les communistes se devaient de défendre l'autodétermination des nations colonisées afin d'entraîner la dissolution des grands empires français et britanniques. Lénine avait compris qu'une force nationaliste commençait à émerger dans les différentes colonies. Certes ces nationalistes étaient de tendance bourgeoise mais par leur volonté de secouer le « joug impérialiste », ils pouvaient être amener à se transformer temporairement en forces révolutionnaires. Pour Lénine, l'Internationale communiste se devait d'apporter son soutien à ses forces, afin de les aider à briser l'ordre ancien en s'appuyant sur la « coopération » des travailleurs et des paysans. Ensuite dans cet ordre nouveau, l'avant garde révolutionnaire serait capable de développer des partis communistes représentant et encadrant les populations laborieuses des états issus de la décolonisation. Les théories de Lénine ne firent pas l'unanimité parmi les délégués présents. Au cours des différentes séances du congrès, les délégués indiens Roy et Sezrati, anciens nationalistes récemment convertis au marxisme, critiquèrent les propositions de Lénine en affirmant qu'elles soumettaient entièrement les masses laborieuses des colonies à la petite bourgeoisie nationaliste. Lénine parvint néanmoins à imposer son point de vue. Dès 1921 fut créée l'Université des prolétaires de l'Est qui acceuillait et formait de jeunes nationalistes. Lénine s'attacha à nouer des liens avec les différents mouvements nationalistes, poussant notamment les communistes français à mener un travail en direction des colonies d'Afrique et allant jusqu'à imposer au jeune parti communiste d'Afrique du sud de défendre le projet d'une grande « République noire ». En 1922, au cours du IV° congrès de l'Internationale communiste, il affirma que  « la question noire était devenue d'une importance vitale pour la révolution mondiale ». Par cette politique, Lénine espérait contribuer à des révolutions anticoloniales qui affaibliraient les états « impérialistes » et permettrait de relancer le processus révolutionnaire en Europe. Cependant la Russie communiste se trouvait alors dans une situation économique et humanitaire catastrophique. De plus elle fut ravagée par la guerre civile. Lénine décéda le 21 janvier 1924, Trotsky qui aurait été suceptible de poursuivre sa politique envers l'Afrique fut progressivement écarté par Staline.

B) Le repli stalinien

La prise en main du pouvoir par Staline eut de grandes conséquences sur les relations avec l'Afrique. L'intérêt soviétique  pour le monde colonisé prit fin.  Staline affirma que la priorité devait être la protection du « socialisme en un seul pays ». Cette nouvelle ligne politique handicapa beaucoup les recherches sur l'Afrique. De plus, la situation était aggravée par les nombreuses attaques de Staline contre les chercheurs qu'il soupçonnait  de non conformité à l'orthodoxie. De nombreux instituts furent fermés: en 1936, l'Université communiste des Travailleurs d'Orient fut fermée, en 1937 ce fut le tour  de l'Association Scientifique de Recherche pour l'Etude des Problèmes Nationaux et coloniaux. Progressivement le discours anticolonialiste fut éclipsé sans pour autant entrainer l'arrêt de toute recherche sur l'Afrique noire. Staline imposa sa stratégie au cours des  VI° et VII° congrès de l'Internationale communiste en 1928 et 1935. Suite à la prise du pouvoir en Allemagne par les Nazis, Staline imposa aux différents partis communistes d'intégrer de larges coalitions: les Fronts populaires. En France le PCF de Maurice Thorez gomma toute allusion hostile au colonialisme français afin de s'allier à la SFIO et au Parti Radical. Suite à la rupture du pacte germano-soviétique, l'URSS intégra le camp des alliés. Là encore Staline refusa de développer un discours hostile au colonialisme en Afrique, afin d'éviter de froisser la Grande Bretagne. En 1943 afin de rassurer ses alliés sur ses intentions, Staline a dissolu  la III° Internationale.
La guerre finie, la coexistence entre le bloc de l'est composé de l'URSS et ses satellites et du bloc de l'ouest composé des Etats Unis d'Amérique et de leurs alliés fut brève. En réaction à la doctrine Truman du « Containement », Jdanov définit la nouvelle doctrine internationale de l'URSS. Il affirmait notamment: « Plus nous nous éloignons de la fin de la guerre et plus nettement apparaissent les deux principales directions de la politique internationale de l'après-guerre, correspondant à la disposition en deux camps principaux des forces politiques qui opèrent dans l'arène mondiale: le camp impérialiste et anti-démocratique (dirigé selon lui par les Etats Unis) et le camp anti-impérialiste et démocratique (dont l'URSS était selon lui le fondement) » Ce schéma bi-polaire, manichéen et étriqué laissait peu de marges aux colonies africaines qui allaient, au cours des années soixante gagner leur indépendance. Soit elles intégraient le camp « démocratique et antifasciste », soit elles choisissaient de s'opposer à lui. Staline décéda le 5 mars 1953. Après trois années de flottement et d'affrontement entre les différents membres de l'élite soviétique, Khrouchtchev s'imposa comme le nouveau dirigeant de l'URSS.

C) La déstalinisation: un retour vers l'internationalisme prolétarien?

Khrouchtchev entama alors une politique de « déstalinisation » progressive. Cette politique ne consistait pas uniquement en une déconstruction du culte stalinien, elle fut également l'occasion de réorienter la politique de l'URSS envers l'Afrique noire. A la différence de Staline et Jdanov, Khrouchtchev comprit qu'un mouvement d'émancipation gagnait les vieux empires coloniaux. Il comprit aussi que les nouveaux états indépendants qui naissaient de ce mouvement allaient constitué une nouvelle force politique internationale. Il fallait que l'URSS tente de s'appuyer sur ces nouveaux états afin d'étendre son influence et de lutter contre le « containement » américain. La principale voie de contact avec les pays d'Afrique issue de la décolonisation fut le commerce. En 1955 se déroula du 18 au 24 avril la conférence de Bandung en Indonésie. Elle marqua l'apparition du Tiers-monde sur la scène internationale. Vingt-neuf pays participèrent à cette conférence, dont seulement quatre pays africains: l'Ethiopie, le Libéria, la Libye et le Ghana. Une telle sous-représentation de l'Afrique noire s'explique par le fait qu'à l'époque, si la décolonisation de l'Asie était bien entamée, celle de l'Afrique débutait à peine. Bien que la conférence fut marquée par les divergences entre les pays pro-occidentaux, les pays à régime communiste et les pays non-engagés, elle aboutit néanmoins à une résolution condamnant l'impérialisme et la colonisation. Khrouchtchev plaça de grands espoirs dans cette conférence, mais l'URSS n'y fut pas admise comme membre. Elle dut se contenter du statut d'observateur. De plus si elle fut satisfaite par la condamnation de l'Occident, elle fut surprise lorsque certains délégués réclamèrent la condamnation de « l'impérialisme soviétique ». La motion finale fut même un camouflet pour les soviétiques car elle dénonçait le « colonialisme sous toutes ses formes »... L'URSS était clairement visée, elle ne pouvait espérer prendre la tête du mouvement de solidarité afro-asiatique à cours terme. Khrouchtchev comprit alors qu'il était urgent de rompre avec la politique stalinienne. Au cours du XX° congrès du parti communiste d'URSS, Khrouchtchev se livra, outre la dénonciation des crimes et du culte de Staline, à un appel enthousiaste aux pays du Tiers-monde, dont les pays d'Afrique noire, dans lequel il les invitait à nouer des liens avec l' URSS. Il fut soutenu dans cette démarche par l'économiste Mikoyan qui affirma que la survie de l'URSS dépendait de ses rapports commerciaux avec l'Afrique. D'une certaine manière, il y avait là un retour à la stratégie des alliances chère à Lénine. Khrouchtchev était persuadé que, du fait de la disuasion nucléaire, tout conflit ouvert avec le bloc de l'ouest était impossible. Sa stratégie était de développer le potentiel industriel et économique de l'URSS et d'en faire bénéficier les jeunes états indépendants. Il espérait ainsi gagner de nombreux partenaires en Afrique noire, qui soutiendraient les résolutions soviétiques à l'ONU. Dans son idée il fallait pousser  les pays africains à adopter une attitude intransigeante à l'égard des anciennes puissances coloniales, ce qui devait entraîner une radicalisation de leur politique intérieure. Le but était que ces pays adoptent le modèle socialiste sans passer par une économie capitaliste. Cette tactique visait tout particulièrement l'Afrique noire, car en Asie l'influence soviétique était minime face à celle de l'Inde et de la Chine. De même l'Afrique du nord se tournait d'avantage vers l'Egypte de Nasser que vers l'Union soviétique. Tout au long de l'époque khrouchtchevienne, l'URSS assista en qualité d'observateur aux différentes conférences afro-asiatiques, tentant de les influencer par le biais de Tito. En effet le dirigeant yougoslave était très influent dans ce regroupement.
Mais les efforts de l'URSS se heurtèrent à la concurrence de trois redoutables adversaires.

*

II La guerre froide: une nouvelle donne

A) L'influence américaine en Afrique noire

La fin de la première guerre mondiale avait été marquée, outre l'apparition du premier marxiste du monde, par l'affirmation des Etats Unis comme nouvelle grande puissance au dépend des états européens. Le 8 janvier 1918, le président Wilson développa au cours d'un brillant discours ses fameux « quatorze points » dans lesquelles il soutenait le principe d'auto-détermination des peuples. Ces « quatorze points » de Wilson eurent parmi les jeunes élites africaines un écho comparable aux thèses de Lénine. Suite à la seconde Guerre mondiale, les différents présidents américains affirmèrent tous leur volonté de voir les colonies d'Afrique disparaître au profit de nouveaux états indépendants et souverains. De plus, c'est en partie aux Etats Unis que se forma le mouvement panafricain qui influença beaucoup les élites africaines desquelles émergèrent les nouveaux chefs d'état africains. Les Etats Unis représentaient donc un sérieux rival pour l'URSS dans sa tentative d'influencer la politique d'Afrique noire. Craignant une expension soviétique, les différents présidents américains s'attachèrent à gêner le développement de son influence en Afrique noire. Conformément aux principes du « containement », les Etats-Unis firent des propositions de soutien économique et militaire à tous le nouveaux états africains, du moment que ceux-ci prommettaient de ne pas s'engager dans la voie socialiste. Comme les soviétiques, les américains s'attachèrent à utiliser les nouveaux états africains comme alliés à l'ONU afin de soutenir leurs orientations et leurs motions.

B) La concurrence de la Chine maoiste


Dès avant le schisme sino-soviétique, la Chine avait manifesté de l'intérêt pour l'Afrique noire au cours de la Conférence de Bandoeng qui lui avait permis de prendre des contacts avec les quelques chefs d'état noirs présents. Tout comme l'URSS, la Chine souhaitait gagner des alliés à l'ONU, afin de pouvoir s'imposer comme véritable Chine au dépend de l'île de Formose. Son ambition  était de parvenir à se substituer à l'URSS, par une coopération propre avec les états africains. Cette tâche fut confiée à Zhou Enlaï, dès juin 1953 il fit un discours ciblé autour des « Cinq déclarations pour la paix ». C'est lui qui dirigea la délégation chinoise à Bandoeng. De décembre 1963 à janvier 1964 il  voyagea à travers différents pays d'afrique et fit la promotion de l'aide chinoise. Ce voyage fut payant car tous les pays visités acceptèrent de reconnaître la Chine communiste à l'exception de l'Ethiopie.  Les chinois ne disposaient nullement de la puissance soviétique, que ce soit sur le plan économique ou militaire. Pour concurrencer l'URSS, ils développèrent un double langage.  A l'égard des pays africains ils tenaient un langage minimaliste où ils affirmaient que les Chinois étaient un peuple de couleur qui comme les africains avaient connu un régime colonial et qu'ils étaient donc plus à même de coopérer avec l'Afrique noire que les Russes, peuple blanc qui n'avait jamais été victime du colonialisme. Afin de déstabiliser le camp socialiste et les différents partis communistes, ils développèrent un langage maximaliste dans lequel ils attaquaient avec force le « révisionisme soviétique », accusant l'URSS de mener une politique impérialiste en Afrique. Les arguments racistes s'avérèrent plus efficaces sur les africains que ceux relevant de l'orthodoxie marxiste. La Chine s'employa à exclure l'URSS  de la seconde conférence afro-asiatique de Djakarta en avril 1964. Mais la réaction soviétique à l'offensive de Zhou Enlaï fut rapide et efficace. A la fin de l'année 1964, les soviétiques avaient rétabli des relations avec 22 états africains alors que la chine n'était reconnue que par 17 d'entre eux. Le contexte politique de l'Afrique noire se prêtait en fait mal à la concurrence sino-soviétique. Le militantisme anti-soviétique de la Chine qui accusa notamment l'URSS de collusion avec les Etats Unis exaspéra les chefs d'état africains qui jugeaient pour la plupart ce conflit stérile.

C)    Les anciennes métropoles, une influence intacte?

La stratégie élaborée par Khrouchtchev était celle d'un affrontement au moindre coût. Certes, il fallait s'efforcer des gagner des soutiens africains en se substituant aux anciennes puissances coloniales « défaillantes », mais il ne fallait pas s'opposer frontalement aux états européens qui affichaient une ferme volonté de conserver leur influence sur leurs anciennes colonies. Cette stratégie prudente explique par exemple l'attitude différente de l'URSS à l'égard de l'Afrique noire anglophone d'une part et de l'Arique noire francophone d'autre part.  L'ancienne sphère coloniale britannique était, en effet, plus favorable à l'action diplomatique des soviétiques car la vocation néo-coloniale de la Grande Bretagne était moins affirmée que celle de la France. Les soviétiques furent plus libres de proposer à des pays comme le Kenya ou le Ghana des accords commerciaux bilatéraux. Cependant les britanniques ne rompirent pas tout lien avec l'Afrique anglophone. En effet, au cours des années soixante et soixante-dix, le Commonwealth fut renforcé par l'adhésion des anciennes colonies britanniques. Les relations des soviétiques avec les pays francophones furent beaucoup plus délicates. En effet la France avait au cours de la période de décolonisation clairement affirmé sa volonté de conserver des liens forts avec ses anciennes colonies d'Afrique noire, la plupart avaient d'aileurs accepté de coopérer avec elle. En 1961, De Gaulle alors président de la République  fait part de son hostilité à la politique soviétique en Afrique, qu'il qualifie de subversive. L'URSS peine donc à obtenir des alliances en Afrique franophone, elle parvient néanmoins à nouer des liens avec la Guinée de Sékou Touré qui a souhaitée rompre totalement avec la France dès 1958.

La politique africaine de Khrouchtchev s'avèra finalement très coûteuse et ses résultats très incertains.

*

III Entre la théorie et la pratique des écarts flagrants

A) De nombreuses lacunes dans les théories khrouchtcheviennes

L'URSS affirma toujours sa solidarité avec les nouveaux états africains face aux anciennes puissances coloniales et aux Etats-Unis mais elle  refusa toujours de porter un jugement clair sur les différents opposant les pays africains. Ce refus de prendre parti est bien visible dans le Principe de l'autodétermination des peuples et des nations dans la politique étrangère de l'Etat soviétique, ouvrage rédigé par Staruchenko, un théoricien. Le fait est que pour les soviétiques économie et stratégie étaient étroitement liés. Ils ne pouvaient apporter leur aide qu'à des états révolutionnaires ou au moins « progressistes ». Or,  progressistes, beaucoup de leurs alliés ne l'étaient pas. Les soviétiques se retrouvèrent désemparés face aux troubles interafricains nés de la décolonisation, car ses conflits d'ordre ethnique ou religieux étaient difficiles à expliquer par une analyse marxiste. Les contradictions des doctrines élaborées par le XX° congrès du Parti communiste d'URSS furent flagrantes dans le cas erythréen. L'URSS prit d'abord parti pour l'indépendance de l'Erythrée aux dépends de l'Ethiopie, entraînant les combattants du Front Populaire de Libération de l'Erythrée et les alimentant en armes.Mais suite au renversement d'Haïlé Selassié par une junte se réclamant du marxisme-léninisme, l'URSS abandonna les érythréens et même se retourna contre eux, violant ainsi l'article 8 de la nouvelle constitution soviétique du 7 octobre 1977 qui affirmait que l'URSS avait le devoir de « soutenir la lutte des peuples pour leur libération nationale ».

B) Les états africains, des alliés inconséquents?

A de nombreuses reprises durant la guere froide, les soviétiques accusèrent plusieurs pays d'Afrique noire d'être inconséquents dans leurs relations avec l'URSS. En effet si de nombreux états d'Afrique noire entretenaient des liens diplomatiques, commerciaux, voir militaires avec les soviétiques, ils ne s'alignaient pas pour autant systématiquement sur l'URSS sur le plan international. Ainsi le Nigeria qui refusait d'intégrer le marché commun français  défendit avec les soviétiques des positions hostiles aux tentatives néo-coloniales. Mais il s'affirma néanmoins hostile au camp socialiste. Pour les dirigeants du Nigeria l'opposition à la France sur un plan régional n'était pas contradictoire avec un alignement sur les pays de l'ouest sur un plan international. Mais cette attitude déconcertait les soviétiques qui pensaient que les pays comme le Nigeria seraient forcément amener à se radicaliser face au bloc de l'ouest. De même les projections de Khrouchtchev furent contredites par l'émergence d'un regroupement d'états africains hostiles à l'URSS et favorables à un rapprochement avec les pays de l'ouest. Ce groupement reposait essentiellement sur des pays d'Afrique noire francophone. Il s'agissait du Groupe de Brazzaville issu de la conférence qui s'était déroulée dans cette ville en décembre 1960, il comptait au total douze états dont la Côte d'Ivoire et le Sénégal. En 1961 ce groupe prit le nom d'Union africaine et malgache (UAM) et en 1963 s'enrichie de deux nouveaux membres le Togo et le Rwanda. L'UAM se réclamait certes du socialisme, mais d'un socialisme hostile au marxisme reposant sur les traditions africaines. Pour son développement il s'appuya sur le camp occidental. Les tractations soviétiques avaient certes abouti à la formation d'un groupe « révolutionnaire » d'états africains, le Groupe Casablanca composé du Ghana de N'Krumah, la Guinée de Sékou Touré et le Mali de Modibo Keita. Mais suite à des coups d'état dans ces différents pays, le groupe Casablanca perdit toute cohésion. La stratégie de Khrouchtchev s'était donc avérée coûteuse et n'avait pas pu pérenniser ses gains.

C)    La politique des successeurs de Khrouchtchev

En 1964 suite à un complot, Brejnev prit le pouvoir en URSS. La politique soviétique à l'égard de l'Afrique noire prit alors une nouvelle orientation.  Brejnev ne portait pas autant d'attente à l'égard des états africains et n'y investissait pas autant que l'avait fait Khrouchtchev. Sa priorité fut d'investir dans le développement du camp socialiste et de l'URSS. Les aides annuelles accordées à l'Afrique passèrent de 84 millions de dollars sous Khrouchtchev à 31 millions sous Brejnev. Brejnev pensait que la priorité était désormais l'Asie du sud-est où il souhaitait contrer l'influence chinoise. L'Afrique était devenue un enjeu de moindre importance parce que la Chine empêtrée dans la Révolution Culturelle y avait aussi réduit sa présence et que l'instabilité politique considérable qui y régnait empêchait les soviétiques d'envisager sérieusement la consolidation de leur présence. Cependant Brejnev ne délaissa pas totalement l'Afrique noire. Preuve en est l'aide militaire qu'il apporta au MPLA en Angola contre ses rivaux l'UNITA soutenu par les Etats-Unis et le FNLA soutenu par la Chine.

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En développant ces liens avec l'Afrique noire, la république soviétique avait cru pouvoir déstabiliser les grandes puissances coloniales européennes et ainsi rompre son isolement consécutif à l'échec de l'extension de la révolution en Allemagne, mais elle manqua de moyens pour apporter une véritable aide aux mouvements nationalistes. Le fait est que le rôle de l'URSS dans le processus de décolonisation africaine fut quasiment nul du fait de la faiblesse structurelle des partis communistes locaux. De plus l'indépendance de ces colonies et la création d'états africains indépendants résulta plus des négociations entre les mouvements nationalistes et les métropoles que d'une lutte ouverte menée par des forces anti-impérialistes. Lénine avait sans doute surestimé le poids des colonies dans l'économie des états européens. Lorsque l'URSS eut les moyens d'intervenir véritablement en Afrique noire, le processus de décolonisation était déjà pratiquement achevé, à l'exception des colonies portugaises. Si les soviétiques s'efforçèrent  d'accorder leur politique africaine avec leurs schémas idéologiques, ils n'hésitèrent pas à faire preuve de pragmatisme, visant avant tout la défense de leurs intérêts à court terme.

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